‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 28 sur 231 · LIV. V. — CONSTITITIONS DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. — CONSTITITIONS DE LA VISITATION

lions, renouvellement de la profession ; et une fois l'an, le jour de la présentation de la sainte Vierge, toutes renouvelleront leurs vœux et s'offriront à Dieu avec les sentiments de Marie s' offrant au Père étemel dans le temple.

Telle est la substance des constitutions de la Visitation : là on ne voit point d'austérités qui effarouchent la faiblesse humaine : la pénitence y perd ses épines, la solitude son ennui, le silence ses dégoûts, l'obéissance sa contrainte, le travail ses difficultés; et cependant la nature y trouve sa mort par le sacrifice continuel de la volonté propre, et l'obligation d'être toujours occupée, par la désappropriation absolue et l'uniformité constante d'exercices journaliers qui brise l'inconstance naturelle du cœur humain. Mais ce qui relève au plus haut degré le mérite de ces règles, c'est l'esprit de charité et de douceur, d'humilité et de simplicité, de candeur et d'innocence dans lequel le pieux législateur veut qu'on les observe. 11 entend qu'on fasse tout par amour, rien par contrainte; que toutes les sœurs ne soient entre elles qu'un cœur et qu'une âme, comme les sœurs d'une même famille ; que leur piété, aussi agréable que solide, soit indulgente et aimable pour les autres autant que sévère pour elles-mêmes ; que toujours prêtes à sacrifier leurs désirs ou leurs répugnances au bien de la charité, elles s'appliquent à plaire en tout au prochain, que la douceur respire dans toute leur personne , et que leurs paroles, le ton de leur voix, leur air et leurs manières ne soient que comme l'effusion de la suavité dans laquelle leur cœur doit être tout détrempé ; qu'enfin, joignant la politesse des manières à la sévérité du devoir, elles soient modestes dans le regard, réservées dans les paroles, graves dans la contenance, propres dans leurs habits : voilà bien la piété avec ses charmes ; tout devient aimable entre les mains de la vertu.

Chose remarquable, dans ces constitutions le saint fondateur lui-même ne parle point en maître ; il a recours aux formes les plus douces, aux tours les plus insinuants, aux termes les plus mesurés; il conseille plus qu'il n'exige; il prie plus qu'il ne

^ commande ; il dirige plus qu'il ne règle ; et c'est cela même qui rend sa parole plus forte et plus puissante, à ce point que l'ordre de la Visitation, depuis son origine jusqu'à nos jours, s'est partout soutenu dans sa première ferveur et sa régularité parfaite.

François, après avoir ainsi rédigé ses constitutions, les envoya à Rome pour les soumettre à l'approbation du saint-siége et demander l'érection de sa congrégation en ordre religieux. Déjà il avait écrit à ce sujet au cardinal Bellarmin \ qui lui avait répondu^ que la chose offrait de graves difficultés, mais qu'il aiderait de tout son pouvoir à les surmonter. En envoyant ces lègles, il écrivit une nouvelle lettre de recommandation ^ à un religieux de sa connaissance, le priant toutefois de procéder doucement et avec circonspection : « Parce que, dit-il, quelques « ecclésiastiques austères et exacts en leur conduite ont témoi- « gné n'être pas satisfaits de ce qu'en cette congrégation il y a « si peu d'austérités. »

Néanmoins, le '27) avril 1618, Paul V lui envoya la bulle qui l'autorisait à ériger en ordre religieux sous la règle de saint Augustin l'institut de la Visitation*; et, le 9 octobre suivant, le pieux fondateur remplit cette mission du saint-siége en ajoutant à ces constitutions des règles de détail pour le gouvernement de chaque maison, que nous passerons ici sous silence comme regardant plus les religieuses que le public. Nous remarquerons seulement qu'il ne leur donna à réciter d'autres bréviaire que le petit offlce de la sainte Vierge : il en avait obtenu de Rome la permission pour dix ans, et il fut d'avis qu'on n'en renouvelât pas la demande au bout de ces dix années. « Mon « solliciteur, dit-il à madame de (^liantaP, m'écrit qu'on a tort « de recourir à Rome pour les choses es quelles on peut s'en

' Lettre ccclxi^.

- Lettre ccclxx".

^ Lettre cccxxii^.

* Lettre ccccxxxi* ^ Lettre dlxxii^.

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