‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 4 sur 231 · LIV. V. — DIRECTIOIS" DE MADAME DE CHANTAL. il · texte numérisé non relu

LIV. V. — DIRECTIOIS" DE MADAME DE CHANTAL. il

devoirs qui semblaient peu compatibles, d'un eùlé, le soin de ses affaires temporelles, de ses enfants et de ses domestiques, de l'autre, la pratique de l'éminente piété à laquelle il la voyait appelée par la grâce, et entre ces deux devoirs celui de rendre sa dévotion aimable à tous sans jamais en incommoder personne'.

Madame de Chantai demeura dix jours au château de Sales occupée à recueillir ces précieuses leçons ; « et ce peu de jours. « dit-elle, me furent des années de bénédiction. En écoutant mon « saint directeur, je croyais écouter Dieu même ; et toutes ses « paroles passaient de sa bouche dans mon cœur comme des « paroles de Dieu : je voyais en effet en lui comme un rejaillis- « sèment de la Divinité, il me semblait sentir près de lui comme « limpression de la présence de Dieu qui vivait et parlait en « son serviteur, et j'eusse tenu à grand bonheur de quitter tout « le monde pour être dans sa maison la dernière à son service, « afin de nourrir mon ûme des paroles de vie qui sortaient de sa « bouche. » Elle avait effectivement tous les conseils de l'homme de Dieu en si grande vénération, qu'elle les écrivait aussitôt après les avoir reçus, et quelquefois même elle le priait de les écrire de sa propre main dans un cahier destiné à les recueillir*.

Munie de ces saintes instructions, la baronne revint à Monthelon chez son beau-père, et là elle commença une vie toute nouvelle. Elle se réduisit à la plus grande simplicité pour son vêtement et sa nourriture , embrassa les austérités des anachorètes s'imposa une heure d'oraison le matin . trois quarts d'heure le soir, et, tout le jour, une attention si continue à la présence de Dieu, qu'elle ne le perdait presque point de vue. Ce qu'il y avait de plus remarquable en elle, c'est que sa piété ne nuisait à aucun de ses devoirs et n était incommode à personne. Elle entrait dans tous les détails du ménage, instruisait et divertissait elle-même ses enfants, faisait le catéchisme à

* Mémoires de la mère de Chaugy, p 5î^»

* Idem, p. 61 .

ses domestiques, et n'était jamais triste ni contrainte, mais toujours bonne, douce, complaisante, d un abord facile pour tout le monde, surtout pour les pauvres et les affligés, et interrompait même sans scrupules ses exercices de piété ou les remettait à un autre temps quand la cbarité le demandait : ce qui faisait dire à ses domestiques, frappés de son recueillement et de son union à Dieu parmi les plus grands embarras des affaires : « Le premier directeur de madame ne la faisait prier que trois « fois le jour, et nous en étions ennuyés et fatigués; mais l'é- « vêqucde Genève la fait prier tout le jour, et cela n'incommode « personne; » tant il est vrai que la dévotion bien entendue fait, pour la vie présente, le bonheur de tout ce qui l'entoure, en même temps qu'elle prépare la personne qui la cultive au bonheur de la vie future \

Cependant les tentations contre la foi ne cessaient pas d'importuner madame de Chantai : « Vous pensez trop à vos tenta- « lions, lui écrivit le saint évéque*, vous les appréhendez trop; « elles ne vous feraient aucun mal si vous n'y réfléchissiez pas. « Vous aimez la foi, vous ne voudriez pas qu'une seule pensée « vous vînt contre elle, et dès qu'il vous en survient une, vous « vous attristez et vous troublez. Croyez-moi, ne craignez point « ces tentations, passez outre; les tentations ne sauraient souil- « 1er un cœur qui ne les aime pas. Laissez l'ennemi gronder « et frémir à la porte tant qu'il voudra; pour vous, vivez au « dedans avec Jésus et Marie. Saint Paul a souffert d'horribles « tentations ; Dieu ne voulut pas les lui ôter ; ce fut par amour. « Que Dieu aussi nous tourne et nous vire à gauche ou à droite « comme il lui plaira, qu'il nous fasse mille maux, nous ne le « quitterons point. Nous trouverons les roses de la charité « parmi les épines des afflictions intérieures et extérieures. Oh! « que j'aime trois petites vertus qui se cueillent dans les vallées « de nos misères, la douceur de cœur, la pauvreté d'esprit, la

' Mémoires de la mère de Chaugy, p. 02. - Lettre Lxxxi^.

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