LIV. V. — DIRECTION DE MADAME DE CHAXTAL. ir
« simplicilé de rie et les exercices, vils en apparence, de la visite « des malades, du service des pauvres, de la consolation des « affligés ! Nous n'avons pas les bras assez longs pour atteindre « aux cèdres du Liban, contentons-nous de l'hysope des val- « Ions'. »
Sur ces entrefaites, madame de Chantai se trouva en butte à une épreuve capable de séduire une âme moins forte que la sienne. Un riche seigneur, charmé de toutes ses belles qualités, de sa vertu douce et aimable, de la grâce de son esprit et de la bonté de son cœur, demanda sa main au président Frémiot. en offrant en même temps de marier ses deux fils aux deux filles de madame de Chantai. Ces trois établissements ensemble parurent une bonne fortune au président : il proposa la chose à sa fille et fil agir auprès d'elle tous ses autres parents, également éblouis des grands avantages de cette triple alliance. La pieuse veuve eut donc à combattre tout à la fois et les poursuites du seigneur qui la recherchait, et l'autorité de son père qu'elle aimait si tendrement, et les sollicitations de sa famille, et sa tendresse pour ses enfants : ce fut pour elle un martATe affreux. « Tant que je pouvais, dit-elle, je me tenais serrée à « l'arbre de la croix, de crainte que tant de voix séduisantes « n'endormissent mon cœur en quelque complaisance et con- « descendance vainc. »
François de Sales, informé de la crise où elle se trouvait, s'empressa de l'encourager par sa puissante parole : « Que « sont ces téméraires, lui écrivit-il *. qui veulent briser cette « blanche colonne de notre sacré tabernacle?» (Il appelait ainsi le vœu de chasteté et le vœu de tendre toujours à la perfection, qui étaient comme la colonne du tabernacle qu'il voulait élever au Seigneur par l'institut religieux qu'il méditait.) « Ne craignent-ils point les chéiiibins qui se tiennent deçà et « delà et le couvrent sous l'ombre de leurs ailes ? Peut-être il
i Lettre lxxsii' * Lettre xcii^.
« s'est passé un peu de vanité, un peu de complaisance, un « peu de je ne sais quoi : cela n'est rien à un ferme courage. « Nos colonnes sont bien fondées ; un peu de vent ne les aura « pas ébranlées. Mais il faut couper court et trancher net en « ces occasions, ne point amuser les chalands, mais les ren- « voyer ailleurs. Comment ne voient-ils pas que nous avons ôté « l'enseigne ? Notre corps n'est plus nôtre : le grand roi Jésus « l'a choisi pour son siège. »
3Iadame de Chantai entra si pleinement dans les vues de son saint directeur, qu'il n'eut plus qu'à modérer le désir qui la pressait de quitter le monde, en façonnant son cœur à ne vouloir que ce que Dieu veut, quand il le veut et comme il le veut, sans se laisser jamais aller à un empressement humain. En attendant le moment de la Providence, il continua de la soutenir au milieu des tentations, des désolations et des impuissances par lesquelles le ciel l'éprouvait : « Ne vous tour- « mentez pas, lui écrivait-il \ de toutes les frayeurs que le « démon vous inspire. N'ayons de crainte que de Dieu et en- « core une crainte amoureuse; ne laissons point ruiner les « murailles de nos résolutions et vivons en paix. Il faut avoir « un peu de patience à souffrir le bruit de l'ennemi et son tinta- « marre aux oreilles de votre cœur. Soyons joyeux sans disso- <( lution, assurés sans arrogance, craignons sans nous troubler; « soyons soigneux sans nous empresser. . . Je ne veux point que « vous désiriez d'un désir volontaire cette paix inutile et peut- « être nuisible. Dieu nous donnera la paix quand nous nous « humilierons à doucement vivre en la guerre *. Il ne faut u point avoir de ces désirs d'une perfection trop douce qui ne « voudraient que suavités dans les exercices, sans dégoûts, « sans répugnance, sans distraction, sans tentation. Conten- « tez-vous de savoir que l'arbre de vos résolutions est bien « planté, profondément enraciné, sans vouloir que pas une
' Lettre cxxiv" ^ Lettre cxxvi°.