‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 63 sur 231 · LIV. VI. — TRAIT DE FERMETÉ · texte numérisé non relu

LIV. VI. — TRAIT DE FERMETÉ

et la rébellion. Le duc de Nemours, mécontent du duc de Savoie, qui, en lui faisant espérer la main d'une de ses filles, l'avait empêché d'épouser Anne de Lorraine, fille du duc d'Aumale, et avait ensuite manqué à sa parole, se laissa gagner par les Espagnols qui le poussaient à la révolte, le pressaient de s'emparer de l'autorité suprême dans tout le duché de Genève, et lui promettaient tous les secours nécessaires en hommes et en argent \ En conséquence, il se fit plusieurs mouvements de troupes dans ce but : grand nombre de huguenots se joignirent aux rebelles, et on tenta le siège d'Annecy. Toute la ville était dans la consternation : seul, l'évêque possédait son âme dans la paix, et rassurait son peuple en lui promettant que cette levée de boucliers s'en irait en fumée. Ces bonnes paroles ne pouvaient calmer la frayeur générale : « S'ils viennent à forcer « la ville, lui dit-on, vous serez le premier sur qui tombe- « ront les hérétiques ; ils pilleront votre évcché et vous feront « sentir toute leur fureur : cachez-vous donc et mettez en sù- « reté tout ce que vous avez de plus précieux. — Non, mes « enfants, leur répondit-il avec une parfaite sérénité de visage, « je ne me cacherai point et ne me séparerai point de vous : je « ne pense pas qu'on me veuille plus de mal qu'aux autres, et, « s'il le faut, je souffrirai avec vous. Je serai toujours à mon « devoir, Dieu aidant : si l'on sonne vêpres, j'y irai ; si j'ai des « dépêches à faire, je les ferai; si Ion prend la ville d'assaut '( et qu'on me veuille mal, je suis entre les mains de la divine « Providence. Du reste, ajouta-t-il pour relever le moral de « son peuple abattu, ayez confiance, il ne vous sera fait aucun « mal, je le garantis. » En effet, au bout de trois joure, les ennemis levèrent le siège *. et bientôt le prince de Piémont se rendit en diligence à Annecy avec des troupes nombreuses pour prévenir une nouvelle attaque.

Il descendit à l'èvêché. et François, toujours occupé des

» Charl.-Aug.,p. 472.

» Charl.-Aug.,i). 472 et 475.

choses de son ministère, profita de l'occasion pour lui présenter, sur la réforme des communautés religieuses des deux sexes, un mémoire où brillent également sa sagesse et son zèle : la licence des guerres avait introduit dans beaucoup de ces communautés le relâchement et le désordre, et, plusieurs de ceux ou celles qui les habitaient étant liés par la parenté avec les seigneurs du pays, l'autorité ecclésiastique ne pouvait les faire rentrer dans le devoir sans soulever des oppositions puissantes. Pour remédier à un mal si difficile à guérir, le sage réformateur, convaincu que ce ne serait pas trop de la plus haute autorité qui fût dans l'Église, proposa au prince de solliciter, par son ambassadeur auprès du saint-siége, la nomination d'une commission chargée de délibérer sur les moyens à prendre et revêtue des pouvoirs nécessaires pour les mettre à exécution. Cette commission aviserait : 1° à séparer entièrement des monastères les abbés et prieurs commandataires, en fixant les revenus auxquels ils pourraient prétendre, de telle sorte qu'il n'y eût plus désormais de querelles scandaleuses à ce sujet ; et à laisser une liberté parfaite soit aux supérieurs pour le gouvernement et la réforme de leur maison, soit aux communautés pour le changement triennal de leurs supérieurs par l'élection ; 2° à retirer de la campagne certaines communautés peu nombreuses et à les transporter dans les villes où, étant en plus grand nombre et réunies selon les besoins, elles pourraient mieux observer leurs règles et faire un service régulier ; 5° à éliminer de certains monastères les religieux qui ne voudraient pas se soumettre à la réforme et à les remplacer par d'autres plus édifiants ; 4° à faire observer, spécialement dans les monastères de religieuses, les règlements tracés par le concile de Trente \ Le prince agréa fort ce projet et promit d'employer tout son crédit à le faire réussir.

Ce n'était pas que François ne comprît bien que la vraie réforme ne se fait point par l'autorité qui commande, mais parle

* Opusc, p. 440. — Charl.-Aug., p. 475 et suiv.

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