‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 86 sur 231 · ALTRFS TRAITS DE SON DÉTACHEMENT. — IL EST EN BLTTE A LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

ALTRFS TRAITS DE SON DÉTACHEMENT. — IL EST EN BLTTE A LA CALOMNIE

( Année 1619. )

Les grands travaux auxquels l'évêque (\c Genève se livrait pour le bien des Ames ne lui tirent point négliger la mission d'un autre ordre qu'il avait à remplir à la cour. Il devait contribuer pour sa part à mener à bonne fin le projet de mariage entre le prince de Piémont et Christine de France, sœur du roi. Pour y réussir, il parut à la cour autant qu'il le fallut pour le le succès de la négociation, et disposa favorablement les esprits; mais, quand on en vint à préciser les conditions du contrat, de graves difficultés s'élevèrent entre les plénipotentiaires du duc de Savoie et les ministres de France; plus on discuta, plus on se divisa ; enfin le différend s'envenima à ce point, que les envoyés du duc, perdant tout espoir, songeaient déjà à leur retour en Piémont, lorsque l'évêque de Genève leur dit un jour au sortu' de l'autel : « Attendez, Dieu fera tout. » En effet, peu de jours après, le contrat fut conclu aux conditions les plus avantageuses pour le [Piémont, le roi s'engageant à donner pour dot à sa sœur quatre cent mille écus , et pour douaire quarante mille livres de rente.

Le prince de Piémont^ qui était resté à Turin pour attendre l'issue de la négociation, n'eut pas plutôt appris ce dénoûment, qu'il se mit en route, accourut avec une diligence prodigieuse pour l'époque ; et, moins d'un mois après les conventions ar-

LIN . VI. — IL EST NOMME GRAND AUMOMER. 'Jl'.

rètées, la cérémonie du mariage se faisait à Paris par le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de France, assisté de l'évêque de Genève. Comme tous attribuaient la conclusion d'une alliance si désirée aux prières et à la prudence de François, le prince de Piémont voulut le présenter à la princesse son épouse, et celle-ci aussitôt le nomma son grand aumônier. Tout le monde applaudit à ce choix et en félicita la princesse : car les courtisans eux-mêmes, qui louent si rarement la piété . ne tarissaient pas sur les louanges de l'évêque de Genève. Ils l'avaient vu paraître à la cour autant que le demandait sa mission, jamais hors de là ; et toujours il s'était montré dans la dignité de sa vertu et de son caractère, aimable sans être flatteur, plein de majesté sans fierté, de sagesse sans artifice, en un mot comme l'image de Dieu sur la terre, selon la parole alors célèbre du grand prieur de France, Alexandre de Vendôme. Seul le .saint évêqno fut surpris de sa nomination ; il ne pensait à rien moins. « Je n'ai ni directement ni indirectement ambitionné celte « charge, écrivait-il à madame de Chantai ' ; je ne me sens nulle (( sorte d'ambition que de pouvoir employer le reste de mes jours « auservicedeiNotre-Seigneur. » llavait même une aversion trèsprononcée pour la vie de la cour* ; il n'aspirait qu'à la résidence dans son diocèse, et, s'il accepta la grande aumônerie, cekil parce que la grâce avec laquelle la princesse la lui offrit, les vives instances avec lesquelles on le pressa de l'accepter, ne lui permirent pas de la refuser : encore y apposa-t-il deux conditions : la première, que cette charge ne préjudicierait en rien à ses devoirs d'évêque ni à sa résidence à Annecy; la seconde, qu'il ne toucherait aucun traitement comme aumônier. La princesse, pour mettre le sceau à sa faveur, lui fit cadeau d'un magnifique diamant de cinq cents écus , et en le recevant il fit connaître l'usageauquel il le destinait. « Voilà, madame, dit-il, qui sera a bon pour nos pauvres d'Annecy*. »

' Lettre cccclxxsi'".

* Esprit de saint François Je Sales, XVUl" p., se et. ii.

"* Cfi;irl.-.\ug., p. 524.

Présenté ensuite à la princesse Henriette-Marie de France, autre sœur du roi, et voyant la vive part qu'elle prenait aux fêtes dont la princesse Christine était lobjet, il lui prédit qu'elle aurait un jour une gloire plus solide, et que Dieu la destinait à soutenir son Eglise. Prédiction que révénement justifia. Car tout le monde sait que, mariée à Charles Stuart, premier du nom, roi d'Angleterre, cette princesse honora l'église catholique par ses hautes vertus; qu'obligée, en 1644, de repasser en France pour se dérober à la persécution de ses sujets, elle eut tout à la fois la douleur de laisser le roi son époux aux mains es rebelles, qui lui tranchèrent la tête, et le bonheur de relever ses infortunes par une vivacité de foi qui les lui fît placer dans son estime au rang des plus grandes grâces.

Sur ces entrefaites, l'abbaye de Sainte-Geneviève, qui valait quatre mille écus de rente, étant venue à vaquer, les amis du saint évêque vinrent lui représenter que ce riche bénéfice était à sa disposition; que, s'il voulait l'accepter, le roi se ferait un plaisir de l'y nommer, et que, d'un autre côté, cet accroissement de fortune le mettrait à même de faire plus de bien et de mieux soutenir l'honneur de sa dignité. « Non, leur répondit-il , je ne «veux point de cette abbaye, je n'ai besoin de rien.» On eut beau insister, en venir même jusqu'à lui reprocher avec amertume son insouciance; il ne se départit point de sa résolution ^ Ce refus ne fut que comme le prélude d'un autre plus mémorable. Le cardinal de Retz, archevêque de Paris, vint lui proposer d'être son coadjuteur avec la future succession de ce grand siège* : il désirait vivement assurer au diocèse de Paris un prélat dont il disait en toute occasion qu'il ne croyait point que l'Eglise eût eu ni un plus saint évêque depuis saint Martin et saint Ambroise, ni un plus savant docteur depuis saint Augustin et saint Thomas, ni un plus pieux personnage depuis saint Bernard et saint Tldefonse". François fit ici la même réponse que

* Chai'l.-Aug., p. 526.

* Esprit de saint François de Sales, IV' p., sect. vi. '• Dép. du marquis de Lullin.

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