LTV. VI. — IL REFUSE L\ CO.\DJUTORERIE DE P.\RR
pour l'abbaye de Sainte-Geneviève. Le cardinal, pour vaincre ses résistances, s'engagea à lui payer une forte pension annuelle jusqu'à ce qu'il fût titulaire, à lui laisser une plénitude entière de pouvoirs pour gouverner le diocèse selon son gré, à faire nommer évoque de Genève son frère Jean-François, à payer les frais des lettres apostoliques et autres dépenses de la cour romaine ; de plus, il fit valoir le grand bien qu'il pourrait faire au milieu d'un peuple qui déjà l'entourait de tant d'amour; il ajouta enfin la vive reconnaissance que lui. archevêque, conserverait à jamais de son acceptation. Tout fut inutile : l'homme de Dieu remercia le cardinal de sa bienveillance . lui exposa qu'attaché, comme il l'était depuis tant d'années, à l'Eglise de Genève, il voulait d'autant moins s'en séparer, qu'elle était plus pauvre : que le fardeau de ce diocèse pesait déjà trop sur ses épaules, et que, s'il le quittait, ce serait pour n'en plus prendre un autre ; que d'ailleurs il penchait vers la vieillesse, et en ressentait les incommodités accompagnées de maladies fréquentes. « Le diocèse de Genève , dit -il , est la portion de la vigne que « Dieu m'a appelé à cultiver, je ne peux y renoncer sans espo- « ser mon .salut. On ne se donne pas à l'Eglise pour faire une « grande fortune, mais pour défricher le champ assigné par le « père de famille *. » Le cardinal fut donc obligé de se désister, et François demeura avec bonheur dans sa modeste position. « Que mon cœur me fit hier un grand plaisir^ disait-il le len- « demain à son ami le président Favre. Non-seulement je n'eus « pas un regard de complaisance pour les grandeurs qu'on « m'offrait, mais je les méprisai, comme si j'eusse été au mort ment de la mort, où le monde entier ne semble que fumée. « On me dit, ajouta-t-il, qu'il me serait utile d'être plus riche; « mais je suis aussi riche qu'aucun évêque de France. Ceux qui « ont davantage dépensent davantage, et au bout de l'an eux « et moi nous sommes ésaux *.
' Année de la Visitation , 17 avril.
* Dep. de la mère de Chaugy. — Charl.-Aug., p. 526 et 525.
Les illusions de la gloire ne l'éblouirent pas plus que 1 eclal des richesses. Entouré des applaudissements de tout ce qu'il y avait de plus grand à Paris, honoré de la cour et de toutes les classes de la société, qui le révéraient comme un saint et le proclamaient le plus savant et le plus éloquent prédicateur de sou siècle, il se tenait toujours dans l'humilité : plus on l'exaltait, plus il s'abaissait à ses propres yeux et rougissait devant le Seigneur de son néant et de ses misères. L'opinion des hommes n'était à son sens qu'une déplorable vanité, les grandeurs du monde que petitesse, tout ce qui passe qu'illusion, et il gémissait de voir comment des âmes immortelles se laissent séduire par des biens si faux. « 0 Dieu ! écrivait-il à madame de Chantai* , « qu'il vaut mieux être pauvre en la maison de Dieu que d'ha- « biter dans le palais des rois ! Je fais ici le noviciat de la cour, « mais jamais je n'y ferai profession... La cour est le rendez- « vous de toutes les délices du monde, l'écho de toutes ses « maximes, double raison pour que je l'abhorre. Grâce à Dieu» « j'ai appris à la cour à être plus simple et moins mondain. Se « pourrait-il faire qu'après avoir considéré la bonté et l'éter- « nité de Dieu nous puissions aimer cette misérable vanité du « monde?... L'autre jour je préchai devant la reine; mais je « ne prêchai ni de meilleur cœur devant ces princes cft ces prin- « cesses que dans notre pauvre petite Visitation d'Annecy. . . La « reine m'a comblé de bonté, mais je n'en suis point plus glorieux . « La vue des grandeurs du monde relève dans mon esprit la « grandeur des vertus chrétiennes et me fait estimer davantage « les mépris. Quelle différence entre cette réunion d'intrigants, « car la cour n'est pas autre chose, et la réunion d'âmes reli- « gieuses qui n'ont d'autre prétention que d'aller au ciel. Oh 1 « si nous savions en quoi consiste le vrai bien '^ !
Cependant le prince de Piémont songea au retour dans sa patrie, et tous ceux de sa suite durent se préparer à partir avec
* Lettre ccccxr,xii%
* Lettre cccciAxive.