‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 98 sur 231 · LIV. VI. — SES RAPPORTS AVEC LÉVEQUE DE CUALCÉDOINE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES RAPPORTS AVEC LÉVEQUE DE CUALCÉDOINE

et à pardonner les fautes d'autrui. L'évèque de Chalcédoine, au contraire, était austère, sérieux, parlait peu ; il avait de la sévérité et même de l'inflexibilité pour les pécheurs ; mais l'humilité d'un coté, l'amitié de l'autre, la vertu dans tous les deux paralysèrent ces causes de désaccord. Un jour qu'ils se préparaient à dire le bréviaire ensemble, le saint prélat fut appelé pour entendre une confession, et cette confession dura fort longtemps. Ayant ensuite commencé la récitation du bréviaire, ils s'aperçurent, à la fin du premier nocturne, que ce n'était pas là l'oftice qu'ils auraient dû dire. L'évèque de Chalcédoine, que l'ennui d une longue attente avait déjà prédisposé à la mauvaise humeur, ne put se contenir; et, d'un ton fort aigre, rejeta sur son frère la cause de la méprise. François, sans s'offenser de la rudesse du reproche, le pria doucement de ne pas se fâcher, en l'assurant que Dieu, moins diflicile à senir que les hommes , serait content du nocturne qu'ils venaient de réciter ; et ils continuèrent leur office sans rien recommencera •

Un autre jour, ils étaient au moment de se mettre à table ; une pauvre servante se présente pour parler à l'évèque de Genève; celui-ci la fait entrer dans une chambre voisine , et l'écoute aussi longtemps qu'elle le veut. L'évèque de Chalcédoine n'y lient pas, et, quand François rentre : « Vraiment, « dit-il d'un ton de mauvaise humeur, vous feriez impatienter « tout le monde. — Mais, répliqua le saint évèque en souriant, « cette personne et moi nous sommes du monde, et pourtant « nous ne nous sommes point impatientés. » Puis, s' étant mis à table et continuant son aimable plaisanterie : « Savez-vous « bien, mon frère, lui dit-il. qu il y a dans le monde une perce sonne que vous avez rendue bienheureuse? Devinez qui elle « est. » L'évèque de Chalcédoine en nomme plusieurs. « Ce « n'est pas celle-là. dit François à chaque nom que cite son « frère. — Mais qui donc ? — C'est celle qui eût été votre

' Recueil de la mère Greffier.

« femme si vous vous fussiez marié \ Voyez-vous, mon cher «frère, ajouta-t-ii en reprenant le ton sérieux, nous au- « très évêques , nous ne devons jamais nous refuser à per- « sonne, si nous voulons faire notre devoir. Il faut que nous « soyons comme ces grands abreuvoirs publics où tout le « monde a droit de puiser , où non-seulement les hommes. « mais les bêtes et les serpents môme viennent se désaltérer. » Vers la fin de novembre, les deux évêques se rendirent à l'abbaye de Talloires pour procéder à la translation des reliques de saint Germain, pieux solitaire qui vivait au onzième siècle, et avait été envoyé de l'abbaye de Flavigny à Talloires pour y rétablir l'observance religieuse. Sa mission remphe , il s'était construit, sur une haute montagne des environs, un ermitage, où, vivant dans les pratiques du jeune, de l'oraison, du travail des mains, il avait mérité que Dieu, après sa mort, révélât sa sainteté par de nombreux miracles et par la voix publique des peuples. Dans la visite précédente que François avait faite à Talloires, U avait ordonné de réparer l'éghse de l'ermitage et annoncé que, quand ces réparations seraient terminées, il viendrait lui-même retirer le corps du saint ermite du milieu de la nef où il reposait, pour le placer plus honorablement dans le grand autel. Arrivé sur les lieux, il fit officier solennellement l'évêque de Chalcédoine et bénir par ses mains l'église et l'autel. Pour lui, pendant toute la cérémonie, il demeura près de l'ancienne châsse, qui contenait les reliques du saint, abimé dans une méditation profonde et comme ravi dans une délicieuse extase. « Jamais, sauf une fois, dit-il au père de Coëx, «je n'ai goûté tant de consolations intérieures. » La messe finie, il ouvrit la châsse, montra au peuple les ossements sacrés, y fit toucher plusieurs chapelets qu'on lui présenta, plaça les reUques dans une châsse neuve et bien ornée, garnie en dedans d'une riche étoffe de soie; ensuite, prenant ce précieux fardeau sur ses épaules avec l'évêque de Chalcédoine, il le porta en pro-

^ Recueil de la mère (ireftier.

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