‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 97 sur 231 · LIV. VI. — ANNONCES DE SA MORT. i · texte numérisé non relu

LIV. VI. — ANNONCES DE SA MORT. i

le saiiit-siége approuva plus tard, qui eut bientôt plusieurs maisons el valut à l'évcque de Genève le titre de restaurateur de l'ordre ou plutôt d'instituteur des Bernardines réformées*.

François revint ensuite à Annecy, et, quelques heures après son arrivée, ses deux frères, étant entrés tout à coup dans sa chambre, le trouvèrent absorbé dans une profonde méditation. Comme ils voulaient en savoir le sujet : « Mes frères, leur dit- « il, laissez-moi un peu tout seul avec mon Dieu; sa divine « 3Iajesté m'a averti de penser sérieusement à une affaire de « la dernière importance. Je vous la communiquerai dans « quelque temps. — C'est sans doute, lui dirent-ils, la compo- « sitiond'un nouvel ouvrage? — Rien moins que cela, repartit- « il : vous le saurez une autre fois. » Sur ces paroles, ils le. laissèrent jouir du don de Dieu, convaincus qu'il avait reçu un avertissement céleste de sa mort prochaine*.

Peut-être connaissaient-ils la conversation qu'il avait eue, peu de jours auparavant, avec une de ses chères filles de la Visitation de Belley, la sœur Simplicienne. Cette bonne religieuse, en le voyant arriver au couvent, versa une grande abondance de larmes; et, interrogée par lui sur la cause de sa douleur : « Monseigneur, répondit-elle, c'est que vous mourrez « cette année, à moins que vous ne demandiez à Notre-Seigneur « et à la sainte Vierge que cela ne soit pas. Demandez-le en « grâce, je vous en conjure, — Non. ma fille, je ne le ferai « pas, dit le saint évêque. — Et moi, reprit-elle, je prierai tant, « que je l'obtiendrai : Dieu vous laissera encore pour le bien « de vos filles et de toute l'Eglise. — Cardez-vous de faire « celte demande, lui dit-il ; pourquoi ne voulez-vous que j'aille « me reposer? Je vous laisse notre mère de Chantai, qui vous « suffira ; d'ailleurs, il ne faut point se confier aux hommes, qui « sont tous mortels, mais au Dieu vivant, qui seul bénit le trace vail et lui donne l'accroissement'. ,

* Dép. de Myncet.

* Annéo de la Visitation, 22 octobre.

'• La sœur Simplicienne était une de ces ànies humbles et candides aux-

m VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.

Quoi qu'il en soit, François estima dès lors un devoir pour lui de préparer l'évêquede Chalcédoineà prendre le gouvernement du diocèse, comme s'il devait bientôt le quitter. Ce prélat en effet avait obtenu de la cour de Turin la permission de rejoindre son saint frère pour apprendre à son école les devoirs de l'épiscopat; et en conséquence, tous les jours, à certaines heures, François se renfermait avec lui dans son cabinet; lui exposait en détail l'état du personnel et du matériel des paroisses ou églises du diocèse, le caractère et les mœurs des peuples et des pasteurs, leurs bonnes et mauvaises qualités, les moyens de corriger le mal, d'établir ou de consolider le bien ; puis il lui expliquait les points principaux de la théologie, les passages les plus difficiles de l'Ecriture sainte, la manière de prêcher et d'exhorter avec les règles du gouvernement épiscopal'. « 11 est temps, « mon cher frère, lui répétait-il souvent, que je vous dise tout « ce que je sais de meilleur; car qui connaît quand la retraite « sonnera? » A la théorie il joignait la pratique, et lui faisait faire en sa présence toutes les fonctions épiscopales. Il le fit même prêcher une fois en habits pontificaux, et, comme tout le monde complimentait le nouvel orateur, François redit au chapitre qui l'environnait le mot de saint Jean : [llum oportet crescere, me aiitem minui : « C'est à lui à paraître, à moi à « m'effacer et à mourir ^. »

Les deux évoques menaient ensemble la vie commune dans une union parfaite formée et entretenue par la vertu seule : car les caractères étaient tout à fait dissemblables et les tempéraments différents. François était d'un accès facile, d'une bonté et d'une douceur à l'épreuve de tout, toujours prêt à excuser

quelles le ciel révèle plus volontiers ses secrets. La première fois qu'elle se présenta à sainte Chantai, celle-ci lui demanda pourquoi elle voulait être religieuse : « C'est, répondit-elle, que mon oncle m'a toujours dit que je ne suis pas assez fine pour vivre dans le monde, parce que je crois tout ce qu'on me dit, et je fais tout ce qu'on me commande. » Voyez- sa Vie, par Fardel.

» Charl.-Aug.,p.559.

« Ibid.

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