LIV. VI. — SA CÉLÈBRE LETTRE A LESSIUS
vinrent, à cinq heures du soir, se plaindre à lui de ce qu'ayant donné tout le jour aux Cordeliers, il n'avait point honoré leur église de sa présence. « Vous avez raison, leur répondit-il, « mais il est encore temps. » Et aussitôt, prenant son rochet et son camail, il va donner le salut du Saint-Sacrement et prêcher chez ces bons Pères.. Quand, après la cérémonie, ils lui demandèrent pardon du surcroît de fatigue qu'ils lui avaient causé : « Je suis, leur répondit-il, de l'ordre de Suint- « François, sans distinction des différents membres de sa <c famille, et j'y tiens par up double lien : celui du baptême, u où j'ai reçu le nom de François-Bonaventure, et celui de c< mon affiliation à votre saint ordre ^ »
Ami de tous les corps religieux, François reçut en même temps avec bonheur une lettre d'un célèbre Jésuite, le père Léonard Lessius ^, qui lui exprimait sa tendre vénération et son dévouement sans bornes. Il ne tarda pas à y répondre par une lettre latine devenue fameuse. Gomme Tauteur y déclare qu'il partage le sentiment des Jésuites sur la prédestination et la grâce, les théologiens du sentiment opposé, voyant avec peine dans le camp de leurs adversaires une autorité si vénérable, ont voulu longtemps contester l'authenticité de cette lettre; mais, aujourd'hui que le fait est démontré, nous ne nous arrêterons pas à en redire les preuves, qui intéresseraient peu le lecteur, et nous nous bornerons à la traduction du texte : « Depuis longtemps, dit l'évèque à Lessius^, je suis
* Année de la Visitation, 14 juillet.
* Lessius, professeur de théologie à Louvain, pendant vingt ans, de 1585 à 1606, fit soutenir des thèses publiques opposées aux sentiments des Thomistes. Les universités de Louvain et de Douai censurèrent trentre-quatre de ses propositions; le Saint-Siège cassa la censure, et déclara saine la doctrine de Fauteur. Ce religieux éminent, savant en théologie, en droit, en mathématique, en médecine, en histoire, comme le prouvent ses nombreux écrits, n'était pas moins remarquable par sa sainteté, comme le démontrent les informations prises aussitôt après sa mort sur sa vie et ses vertus dans la prévoyance de sa béatification, et dont le manuscrit se conserve dans la bibliothèque de Tarchevéché de Malines.
» Lettre cdxxxvi».