‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 112 sur 292 · LIV. VI. — SA VISITE A PORT-ROYAL. Î · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SA VISITE A PORT-ROYAL. Î

térîtés excessives et lui apprend à reporter ses soins sur la correction de ses défauts; avec quel tact il lui fait sentir qu'elle doit marcher par la voie ordinaire, par une douce, paisible et forte humilité, pratiquée suavement et joyeusement ; avec quel bon sens enfin , pour lui apprendre à mettre la tranquillité et la douceur dans son âme, il lui apprend à la mettre d'abord dans ses actes, « à faire toutes ses actions, par « exemple, marcher, se lever, s'asseoir, se mettre au lit, manc< ger, faire tout cela doucement et bellement, et vous verrez, « ajoute-t-il, que dans trois ou quatre ans vous aurez rangé « tout à fait cette si subite soudaineté. »

Quelques mois d'une pareille direction opérèrent une salu* taire révolution dan&l'àme de la mère Angélique, lui ouvrirent des horizons qu'elle ne soupçonnait pas, et la préparèrent aux plus merveilleux progrès, qui malheureusement ne se réalisé* rent point, parce qu'à la mort du saint prélat elle tomba entre les mains d'un guide bien différent, l'abbé de Saint-Cyran, lequel la conduisit dans les sentiers de Terreur et du schisme.

Jalouse de faire partager son bonheur à sa sœur Agnès Ar* naud, qui gouvernait Port-Royal pendant son absence, elle obtint du saint évéque la promesse qu'il irait visiter cette dernière abbaye. 11 s'y rendit en effet et y prêcha; mais au milieu du sermon les larmes le gagnèrent, et il fut obligé de s'arrêter pendant quelques instants. Après le sermon, l'abbesse lui ayant demandé la cause de ces larmes et de cette interruption : « C'est, répondit-il, que Dieu m'a fait connaître que votre « maison perdra la foi. Le seul moyen de la conserver, c'est « l'obéissance au Saint-Siège \ »

Tous ces travaux n'étaient encore qu'une partie des occupations de François pendant son séjour à Paris : ici il présidait des thèses de philosophie et de théologie, ou recevait les consultations, soit des théologiens qui venaient lui demander la solution de leurs difficultés, soit des évèques qui

* Lettre de la soeur Marie Du plossig, religieuse de la Visitation.

Técoutaient comme un docteur de FÉglise et le respectaient comme leur père ^. Là il animait à la perfection des communautés religieuses, soulageait les pauvres par des aumônes, les affligés par des consolations, terminait les procès dans les familles, assistait à toutes les assemblées qui avaient pour objet les intérêts de la religion ou la charité du prochain; et, comme pour se délasser de tant de travaux, il allait dans les hôpitaux, exhorter les malades, confesser les mourants, ou dans les maisons particulières relever le courage de ceux qui souffraient. Ayant appris qu'un de ses prêtres qui se trouvait à Paris était attaqué d'une maladie contagieuse, il alla deux fois le visiter et envoya chaque jour demander de ses nouvelles jusqu'à son entier rétablissement^. Enân, le 28 avril de cette année 1619, il consacra dans l'église de Saint-Germaiu des Prés l'autel de Saint-Symphorien^.

Tant de fatigues amenèrent une grave maladie , et ce fut alors que parut magnifiquement la tendre vénération dont il était l'objet. Des cardinaux et des évêques, des princes et des courtisans, des personnages de toutes les classes, s'empressèrent de le visiter; et de toutes parts lui arrivèrent des présents de ce qui pouvait être utile à son état maladif ^. Il revint bientôt à la santé et reprit le travail avec une ardeur toute nouvelle, s'oubliant lui-môme pour n'envisager que le bien qu'il pouvait faire. Souvent même il portait cet oubli de soi jusqu'à refuser les soulagements qui lui eussent allégé la fatigue; et il plaisantait gracieusement ses compagnons de voyage, qui s'en plaignaient. Un jour qu'il était allé prêcher au monastère de la Visitation du faubourg Saint-Antoine, très éloigné de son hôtel, il trouva à la porte, quand il voulut s'en revenir, une élégante voiture qu'un riche seigneur, qui avait assisté au sermon, mettait à sa disposition pour le reconduire

i Charl.-Aug., p. 524.

3 Dép. du prêtre malade lui-même.

3 Histoire de Saint-Germain des Prés, p. 220 et 284.

* Charl.-Aiig., p. 525.

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