‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 111 sur 292 · LIV. Yl. — SES RAPPORTS AVEC SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

LIV. Yl. — SES RAPPORTS AVEC SAINT VINCENT DE PAUL

destie, tout rextérienr de Tévêque de Genève lui retraçait, comme dans une vive image, Jésus-Christ conversant parmi les hommes.* ; François de Sales, de son côté, n'appelait Vincent de Paul que le saint prêtre, te plus digne qu'it eût connu; et il célébrait en toute circonstance sa religion, sa prudence, ses talents rares pour conduire les âmes à une haute et solide piété. Aussi, ayant établi à Paris une maison de la Visitation, il ne crut pouvoir confier en de meilleures mains qu'en celles de Vincent la direction de ses chères filles; preuve la plus incontestable de la haute estime qu'il en faisait : car il tenait comme autant de maximes qu'il faut choisir un directeur entre dix mille, qu'il en est moins qu'on ne saurait dire qui soient capables de cet emploi, et que la direction d'une maison religieuse demande beaucoup de vertu jointe à beaucoup de science et d'expérience. Un pareil choix signifiait donc qu'il préférait Vincent de Paul à tant de pasteurs vigilants et sages, à tant de docteurs pleins de science, à tant de directeurs éclairés que renfermait alors la ville de Paris ; et la suite révéla la sagesse de cette appréciation.

François se trouva lui-même, vers ce temps-là, chargé de la direction d'une personne devenue depuis tristement célèbre, la mère Angélique Arnaud, abbesse de Port-Royal. Cette religieuse, abbesse à quatorze ans, qui, à peine &gée de dix-sept, avait déjà mis la réforme dans sa communauté déchue, surmontant pour cela avec une mâle vigueur les plus grandes difficultés, venait d'entreprendre à vingt-huit ans une autre réforme plus difficile encore, la réforme de l'abbaye de Maubuisson. Naturellement altière et entretenue dans la bonne opinion d'elle-même par la gloire précoce dont elle était entourée, craignant pourtant de se tromper en se conduisant elle-même, elle invita le saint évêque à visiter sa maison. Il se rendit à ses désirs. Dès la première entrevue, il s'empara de son âme, et, tout en applaudissant à ses projets,

1 Vie du P. Bourdoise.

il la gouverna avec une fermeté qu'elle n'avait jusque-là rencontrée en personne. La pensée du grand bien qui se rattachait à la culture d'une personne d'un si haut mérite le ramena souvent à Maubuisson; et il y resta même une fois jusqu'à neuf jours de suite pour seconder de ses prédications et de ses conseils l'entreprise de la réforme. Ce furent, pour l'abbesse et la communauté, des jours de salut et de bonheur: elle ne pouvait se lasser d'admirer l'homme de Dieu ; et, dans le sentiment de sa vénération, elle recueillait respectueusement les restes de sa table pour en faire son propre repas, ne touchait qu'avec religion les plats, le couvert, le couteau dont il s'était servi, et même elle fit, à son départ, conserver comme des reliques le lit, les chaises, le linge et les tapis qui avaient été à son usage ^ Elle se plaça sous sa direction, et pensa même à quitter son titre d'abbesse pour se faire simple religieuse de la Visitation. Le saint évêque n'y voulut jamais consentir, lui disant qu'elle était plus propre à commander qu*à obéir, et qu'elle devait rester dans sa vocation^. Ne pouvant suivre l'homme de Dieu, elle voulut au moins, par une correspondance assidue, demeurer sous sa direction tant qu'il vécut Dans cette curieuse correspondance^, on admire avec qoei art le saint évêque analyse ce cœur extraordinaire, tourmenté du besoin de grandes choses, cette âme toujours « inquiète « de savoir si elle sera des âmes basses ou des hautes^ » si vite émue d'indignation à la vue du mal, « si portée à Ja raillerie ou « à la colère, parmi les niaiseries, les enfances, les imperfec- « tions féminines de ses soeurs, » si avide de sacrifices, si impatiente d'imperfections ; avec quelle douceur il calme en elle cette fièvre de pénitences corporelles, la retire peu à peu des aus-

1 CharL-Aug., p. 522.

3 Histoire de Port-Royal, par Racine. — Recueil de la mère Angélique Arnaud, sur la vie de sa tante.

3 On conserve à Annecy plusieurs lettres inédites de saint François de Sales à la mère Angélique, et il serait facile de retrouver les autres pièces de cette correspondance.

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