LÏV. VI. — IL PRÊCHE L'AVENT A ANNECY
Pendant ce temps-là, toujours occupé du salut de son peuple, le saint évêque expliquait tous les dimanches, dans sa cathédrale, les commandements de Dieu. Il avait commencé ces instructions catéchistiques le premier dimanche de TA vent et il les continua jusqu'après Pâques, à la satisfaction gêné» raie : « Je prêche ici, écrivait-il à madame de GhantaP, les a commandements de Dieu qu'ils ont désiré ouïr de moi, et « je suis merveilleusement écouté; mais je prêche de tout « mon cœur, et ce cœur, je vous le dirai, Dieu le favorise fort, « lui donnant beaucoup d*amour des maximes du christia- « nisme, à la suite des clartés qu'il me donne sur leur beauté « et sur Tamour que tous les saints leur portent au ciel, où « il m'est avis qu*on chante avec une joie incomparable : « Bienheureux les pauvres d'esprit^ car à eux appartient le « royaume des cieux^. »
François excellait encore plus à pratiquer les commandements de Dieu qu'à les expliquer. Un jeune gentilhomme, fatigué du zèle du saint prélat qui reprenait ses désordres, résolut de s'en venger, et, renouvelant le spectacle déjà précédemment donné, il assembla sous les fenêtres de l'évêché plusieurs insolents avec des cors de chasse et une meute de chiens pour y faire tapage toute ht nuit. Les frères de l'évéque, indignés de l'outrage, voulaient sortir les armes à la main contre ces jeunes étourdis et disperser ce rassemblement coupable. François s'y opposa de toute la force de son autorité, alléguant qu'il valait mieux ne pas paraître les entendre, qu'on ne pouvait leur infliger une peine plus sensible que le silence, et que d'ailleurs on les verrait le lendemain frappés de plus de mal qu'on ne pourrait leur en faire. En effet, le jeune gentilhomme eut une maladie mortelle, pendantlaquelle le saint évêque le visita avec beaucoup de charité; et les compagnons de ses débauches furent tous atteints de fluxions de
1 Lettre cdlxxxvi*.
2 Mattb., V, 3.
poitrine ou autres maladies qui ne permirent pas de méconnaître la main vengeresse de Dieu ^
En même temps que le saint évêque travaillait, par ses prédications et ses exemples, au salut des habitants d* Annec3% il formait au loin des âmes à la piété par ses lettres et seâ écrits. Alors il envoyait à une Religieuse, troublée par les calomnies dont elle était Tobjet, ces mémorables paroles : u Si, par Tabandon à la conduite de la providence divine, « vous vous établissiez dans Tindifférence, vous seriez en « paix ; mais celui qui ne peut vivre en paix dans ce monde « doit au moins y vivre en patience ^. » Alors aussi il adressait à la mère Angélique Arnaud, à M. Arnaud père» à madame de Chantai, à Tarchevéque de Bourges et à diverses Religieuses de la Visitation ces lettres pieuses où, sous les formes de la plus tendre amitié, il trace d*une main toijgours sûre les règles de la perfection; alors enfin il composa, pour les ermites du mont Voiron, ces belles Constitutions qui firent de lui comme le fondateur d'une nouvelle congrégation.
Ce mont célèbre, qui regarde Genève au levant et Lausanne au couchant, le lac Léman au nord et le Faucigny au midi, avait été autrefois saintement habité par le seigneur de Lan- ' gin, qui s'y était construit, pour lui et pour un compagnon d e sa solitude, un ermitage avec une chapelle, et y avait élevé une statue de la Vierge tenant TËnfant Jésus dans ses bras. Après sa mort, de pieux solitaires s'y étaient établis et n'avaient cessé d'édifier tous les alentours jusqu'au temps où le calvinisme intolérant était venu les chasser de leur sainte re* traite. Les hérétiques avaient alors démoli l'ermitage, renversé la chapelle, précipité du haut de la montagne les pierres de l'un et de l'autre. Après ces exploits faciles, ils avaient essayé d'enlever la statue de la Vierge, ainsi que la cloche qui s'en-
^ De Cambis. 1. 111. p. 7S.
2 Ibid.