LIV. VI. — SON UNION A DIEU
L'évéque de Chalcédoioe ne put rester que peu de temps avec son saint frère. Ses fonctions de premier aumônier de la princesse de Piémont le rappelant à la cour, il repartit pour Turin au bout de trois jours, et laissa l'évéque de Genève au milieu de ses immenses travaux. Ici se révèle un fait bien remarquable, c^est que, parmi tant d'occupations diverses, le saint prélat, quoique ayant, selon son expression, la tête pleine ^affaires et entre plusieurs tintamares \ ne diminuait rien de son union à Dieu et de la perfection de son recueillement. « Que j'ai été aise ce matin, écrivait-il le 24 août à madame « de Chantai ^, de trouver mon Dieu si grand, que je ne pou- « vais pas seulement assez imaginer sa grandeur! Mais, puis- « que je ne puis l'exalter ni l'agrandir, je veux du moins an- « noncer partout sa grandeur et son immensité. Cachons « doucement notre petitesse en cette grandeur; et^ comme « un petit poussin, tout couvert des ailes de sa mère, demeure « en assurance tout chaudement, reposons nos cœurs en la « douce et amoureuse providence de Notre-Seigneur, et abri- « tons-nous chaudement sous sa sainte protection. »
Il y avait à une demi-lieue d'Annecy une abbaye, dite de Sainte-Catherine, occupée par des Religieuses de l'ordre de Saint-Bernard ; et ces Religieuses, à moitié mondaines, vinrent ajouter dans le cœur du saint évêque une nouvelle sollicitude à toutes les autres. Ne trouvant point qu'elles servissent Dieu à son gré, il entreprit de les réformer *. Pour cela, il vint visiter plusieurs fois le monastère, y faire des exhortations pleines de force et de douceur, dans lesquelles il s'attachait à faire ressortir d'un c6té le désordre et la honte d'une maison religieuse où l'observance régulière n'est plus en vigueur; de l'autre, le charme et les délices d'une commu-
* Lettre dlv*.
^ Lettre dlxxii*.
* Tout ce qui regarde cette réforme, nous l'avons tiré de la Vie de la mère de Ballon, fondatrice et première supérieure des Bernardines réformées, par le P. Jean de Grassy, prêtre de l'Oratoire.
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nauté bien réglée. Plusieurs Religieuses, soutenues parla puissance séculière, demeurèrent rebelles à sa parole éloquente ; mais cinq autres, plus dociles, conçurent un désir ardent de faire ce qu'il demandait, et le conjurèrent de mettre aussitôt la main à la réforme. La difficulté de l'entreprise était grande : car, au jugement du saint évêque, point de réforme possible dans un monastère sans clôture, et dans une campagne point de clôture possible, vu Téloignement des secours spirituels et temporels. Or, pour déplacer le couvent et l'établir en ville, on avait besoin de Taulorisation du Saint-Siège et delà cour de Turin; et cette double autorisation ne pouvait s'obtenir que par de longues négociations. François écrivit plus de cent lettres à ce sujet; elles furent sans succès. It fallut donc se résigner à attendre, et se borner provisoirement aux voies d'insinuation, aux exhortations continuelles, afin de diminuer le mal qui existait et de procurer le plus de bien possible.
Malheureusement, Tabbesse et quatre de ses compagnes s'opposant fortement à toute réforme, ses discours produisaient peu de fruit, et, d'un autre côté, les cinq Religieuses qui voulaient la réforme, impatientes de ces longs retards, le pressaient d'en venir au fait en agissant de sa propre autorité. Aux instances de celles-ci, il répondait qu'il fallait modérer cette ardeur excessive et savoir prendre patience. « Ce « n'est pas là l'affaire d'un jour, leur disait-il. Prière, silence, « patience, et tout se fera au moment marqué dans les des* (( seins de Dieu; par-dessus tout, soyez douces et humbles de « cœur. Désirez peu et faites beaucoup; être résignées et « soumises, c'est l'essence de la vie religieuse... Dieu se sert « du temps pour faire réussir les décrets de sa providence, « écrivait-il encore à la sœur de Ballon. L'esprit humaia aime « ses aises et son propre jugement. Ainsi il ne faut pas troa- (( ver étrange si on reçoit avec contradiction les conceptions « d'autrui, quelque saintes qu'elles soient. Demeurez en paix, (( souffrez en paix, attendez en paix, et Dieu, qui est le Dieu