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« de paix , fera réussir sa gloire au milieu de cette guerre. « Faites belle moisson, c*en est la saison. Recueillez les béné- (( dictions des contradictions; vous profiterez plus ainsi dans « un jour que vous ne feriez en dix dans une autre saison. « Dieu parlera pour ceux qui se tairont ; il triomphera pour « ceux qui endureront, et couronnera la patience par une « issue heureuse. »
Deux des Religieuses qui s'étaient déclarées pour la réforme, emportées par cette ardeur de Tinexpérience qui gâte les meilleures choses en les précipitant, ne goûtèrent point ce langage de sage modération; et, dans un mouvement de zèle indiscret, elles se permirent de lui adresser, l'une une lettre de reproches sans aucun ménagement, Tautre une lettre de plaintes qui avait au moins le mérite d'être honnête. A la première le saint évéque répondit : « Ma fille, je voudrais « bien me courroucer avec vous, mais je ne le puis, parce « que je ne suis pas en humeur de le faire. » A Tautre il adressa seulement ces deux lignes. « Ma chère fille, la ré- « forme se fera, et Dieu y fera coopérer les hommes lorsqu'on « y pensera le moins. » Mais, par une fâcheuse méprise, ce billet étant tombé entre les mains de Tabbesse, il fut décidé en chapitre que la porte du couvent serait fermée à Tévôque, et que les cinq Religieuses qui voulaient la réforme ne pour* raient plus écrire sans montrer leurs lettres.
Le saint prélat, informé de cette décision, répondit agréablement : <c Si on me ferme la porte du monastère , on ne « pourra pas me fermer celle de l'église; ce sera là que j'irai « et que nous parlerons ensemble. » Et en même temps il fit dire aux cinq Religieuses qu'elles pouvaient lui écrire comme auparavant : « Car, ajouta-t-il , j'ai de plus haut que madame « l'abbesse le pouvoir de leur en donner la permission. » C'est qu'en effet, outre le pouvoir que lui donnait son caractère d'évêque, l'abbé général de Cîteaux lui avait délégué toute son autorité sur l'abbaye, pour y rétablir la régularité par tous les moyens qu'il jugerait à propos. Il continua donc d'aller
instruire les Religieuses : il leur démontrait que leur vocation était sublime, que l'éducation de la jeunesse, à laquelle elles s'appliquaient, est une œuvre également précieuse pour les jeunes personnes et méritoire pour les institutrices; que la vie religieuse a pour but principal de mortifier la volonté avec ses mille désirs , Tamour-propre avec ses mille prétentions ou susceptibilités , d'établir Tàme dans un parfait abandon à la volonté de Dieu pour tous les événements qu'il plaît à sa providence d'ordonner ou de permettre; dans une humilité courageuse qui , en même temps qu'elle s'abaisse par la vue de son néant, s'élève par la confiance en Dieu, dans une douceur inaltérable qui sache n'opposer que le silence aur paroles aigres et offensantes; dans la pratique de l'oraison, malgré les mépris de celles qui ne la font pas, et l'exercice des vertus malgré les contradictions qu'on y rencontre; enfin dans l'ohéissance à la supérieure et la mort à soi-même. Rajoutait que, si de tels enseignements sont élevés, il faut se souvenir que , pour qu'une Religieuse soit sûrement sauvée, elle doit être toute à Dieu : « Car ce roi céleste veut tout « ou rien : il veut régner en souverain siir tout notre être, il <( ne veut point des cœurs partagés, des cœurs tièdes. Les <i tièdes, s'écriaient-il, Dieu ne peut les soufi*rir, illes rejette de « son cœur! » Et, en disant ces mots, observe la Religieuse qui les rapporte, il était tout en feu et paraissait en extase*. A ces discours le saint évêque joignait la prédication de ses exemples , et, entre autres sujets d'édification, on remarqua qu'au lieu de coucher dans l'excellent lit qu'on lui avait préparé , il y faisait reposer son domestique et prenait pour son usage celui de ce dernier. C'était ainsi qu'il préparait les cœurs à la réforme pour des temps meilleurs.
Cependant les cinq Religieuses, ennuyées de ne point voir arriverles autorisations légales, lui demandèrent la permission d'aller s'établir en communauté à Rnmilly, pour y mener la
1 Vie de la mère de Ballon.
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vie parfaite après laquelle elles soupiraient : il le leur permit, et elles allèrent y commencer leur réforme. Ces commencements farent des plus pénibles : elles manquaient de tout. Elles exposèrent leur état au saint évèque dans une lettre dont se chargea un ecclésiastique de ses parents. Celui-ci, qui en voulait depuis longtemps à l'homme de Dieu, fut bien aise d'avoir roccasion de décharger sa colère, et, prenant pour prétexte raatorisation imprudente , à son avis, donnée aux Religieuses et labandon où il les laissait, il lui dit les paroles les plus mortifiantes. Au lieu de répondre à ces outrages : « Mon cou- « sin, lui dit François, voudriez- vous me faire un petit plai- « sir? Ces bonnes filles de Rumilly ont quelque peu dehardes « à la Visitation d'ici. VoCidriez-vous renvoyer demain votre « cheval pour les leur faire porter? Elles sont pauvres, il est « juste de les assister. » Une réponse si peu attendue changea tellement cet ecclésiastique , qu'il fit ses offres de service à celui qu'il venait d'outrager; et les Religieuses reçurent assistance ^ Le saint prélat alla quelque temps après les visiter : à son arrivée à Rumilly, tout le peuple se rassembla et vint à lai avec une joie inexprimable. « Mes chers enfants, leur « dil-îl, ce n'est pas pour vous, cette fois, que je viens ici; « c'est pour mes bonnes filles de Saint-Bernard. » Et tout le peuple le conduisit au nouveau monastère. Là il confessa les Heligieuses, visita la maison en détail, dit la messe, à laquelle toutes communièrent de sa main, et, voyant la chapelle pleine de monde , il prononça un discours où il loua fort leur entreprise, les encouragea avec une merveilleuse ferveur de langage à la poursuivre invariablement; puis, s'adressant aux assistants, il fit voir quel bonheur c'est pour les villes d'avoir des communautés religieuses, qui sont comme des chœurs d'anges dont les prières font descendre sur les habitants les hénédictions du ciel. Après ce discours public, il entretint les Heligieuses en particulier, leur recommanda de ne jamais par-
^ Vie de la mère de Ballon.
1er qu*avec un grand respect des dames de Sainte*Calherine, de s'appuyer sur la providence de Dieu, qui aurait soio d'elles, et non point sur la faveur des hommes; de ne recevoir au noviciat que des filles pauvres, de peur que le désir de l'argent n'en fît admettre qui ne conviendraient pas, ou au moins d'être très difficiles pour l'admission des riches, et enfin d'élever un pensionnat tant pour la bonne œuvre de l'éducation chrétienne que pour se procurer à elles-mêmes des moyens de subsistance. « Soyez courageuses, mes filles, leur dit-ileo n finissant, jusqu'à manger les murailles au défaut d'autre « chose, si cela se peut dire. Le fondateur des Feuillants ne c( se nourrit, cinq ans durant, que de fleurs de genêts et « d'herbes sauvages, et n'eut, lanuit^ pour s'éclairer, d'autre a lumière que celle de la lampe du Saint-Sacrement... Je ne « vous demande qu'une année de courage; après vousserei « au-dessus de tout. Pauvres filles ! chacun parle de vous « comme il lui plait; le monde vous tient pour des impru- « dentés; mais tenez-le lui-même pour un insensé : fiez tous c( àDieu seul. » Les Religieuses lui ayant dit alors d'une commune voix qu'elles comptaient aussi sur lui : « Mes filles, réa pliqua-t-il en levant les yeux au ciel, où il pressentait qn il a irait bientôt, votre père est déjà vieux, il ne saurait guère « plus vivre : il faut mourir. » Après ce discours, il présida à l'élection de la supérieure et leur donna des constitutions qu'approuva Grégoire XV en 1622. Le succès de cette réforme fut tel, que bientôt l'Église s'enrichit de plusieurs maisonsde Bernardines réformées et que l'évêque de Genève mérita le titre de restaurateur de l'ordre, ou plutôt d'instituteur d'ua nouvel ordre ^
François revint ensuite à Annecy, et, quelques heures après son arrivée, ses deux frères, étant entrés tout à coup dans sa chambre, le trouvèrent absorbé dans une profonde méditation. Comme ils voulaient en savoir le sujet : « Mes
1 Dép, de Myncet.