‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 136 sur 292 · LIV. VI. — PLANS DE COMPOSITIOiN · texte numérisé non relu

LIV. VI. — PLANS DE COMPOSITIOiN

toire de Jésus-Gbrist en quatre livres, dont le premier serait une traduction des quatre évangiles fondus et accordés en* semble selon Tordre chronologique ; le second serait la démonstration des principaux points de la croyance catholique, par les paroles mêmes de Notre-Seigneur rapportées dans l'Église; le troisième traiterait des vertus chrétiennes et de la perfection évangélique, d'après les purs enseignements de Jésas-Ghrist; le quatrième, enfin, serait l'histoire de la primitive Ëglise, de sa constitution et de sa sainteté, d'après les Actes des apôtres; « et, s'il me restait du temps, ajoutait-il, « je ferais un travail analogue sur les Épltres de saint Paul * • » Tout ceci terminé, il voulait faire un livre sur l'amour du prochain, comme il en avait fait un sur l'amour de Dieu, puis un traité des devoirs d'un curé, dans une suite de lettres pastorales. On lui objecta que c'était bien de l'ouvrage pour son âge déjà avancé, vu surtout le pressentiment qu'il avait de sa fin prochaine I « C'est vrai, répondit-il; mais, pour occuper « l'activité de son esprit, il faut se proposer plus de travail « qu'on n'en saurait faire, comme si on avait longtemps à « vivre, et ne pas tenir à en faire plus que si on devait mourir « le lendemain^. »

Au travail de la composition, le saint évéque se proposait d'ajouter l'éducation d'un de ses neveux qui se destinait à l'état ecclésiastique : c'était Charles-Auguste de Sales, fils de son frère bien-aimé Louis de Sales. lU'avait béni autrefois dès le sein de sa mère, et avait prononcé sur lui des paroks de àmovgurCf selon le témoignage de Charles- Auguste lui-même. Plus tard, en voyant ses parents affligés de ce que, par l'imprudence de la nourrice, il était devenu boiteux, il leur avait dit, faisant allusion au patriarche Jacob, qui avait aussi cette difformité, que ce serait son bien-aimé Jacob, et que Dieu réserverait à cet enfant, comme au saint patriarche, la bénédiction

1 Charl.-Aug., p. 006. — Dom Jean de Saint-François, p. 232. * Année de la Visitation, 18 juin.

du ciel et de la terrée L*enfant^ après la mort de sa mère, s'était fait enseigner Talphabet par une servante; et, à Taide de ces notions premières, il s'était formé lui-même à la lecture en relisant sans relâche Y Introduction à la vie dévote, qu'il apprit par cœur presque tout entière à force de la relire. A l'âge de huit ans, il vint en larmes trouver le saint prélat et lui dit : « Je suis tout honteux de n'être pas digne de vous, mon « cher oncle : car je ne sais rien du tout, et, si vous ne venw <c à mon secours, je risque de demeurer ignorant toute ma vie, « puisque mon père est si occupé au dehors, qu'il n'a pas le « temps de penser à moi. » Heureux de trouver dans un âge si tendre un si grand désir de s'instruire, le digne oncle le plaça, de concert avec son père, chez d'excellents maîtres; et l'enfant fit de rapides progrès dans la science comme dans la piété. « Cet enfant est né pour de grandes choses, disaitsou- « vent le saint évoque, témoin de ces progrès; et c'est le bon <( plaisir de Dieu que cette riche plante soit soigneusement « cultivée. Souvenez-vous, mon cher enfant, lui dit-il à lui- « même, que Dieu vous a choisi pour être un vase de grâce, « et que, si vous êtes fidèle à suivre son attrait, il vous em* « ploiera beaucoup à son service. »

A l'âge de quatorze ans, le jeune Charles prononça devant une nombreuse assemblée une harangue qui lui valut, de la part de son vénérable oncle, plusieurs beaux présents accompagnés de cet éloge public : « Mon neveu a surpassé mon espé- « rance et devancé son âge. » A quinze ans, il composa un éloge de saint Paul qui engagea François à étudier plus particulièrement la vocation de ce neveu si heureusement né; l'habile mattre examina à fond le jeune élève et en conclut qoc, s'il répondait aux desseins du ciel sur lui, Dieu le bénirait dans l'état ecclésiastique : il lui conféra même la confirmation et la tonsure, et dit à Louis de Sales : « Si Dieu veut que cet enfant, « qui est votre fils par la nature et le mien par l'amour, vive

1 Gènes., xxvii, 28.

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