‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 137 sur 292 · LIV. VI. — PRESSENTIMENTS DE SA MORT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — PRESSENTIMENTS DE SA MORT

« longtemps, je désire verser dans sa tête tout ce que Dieu m'a « fait la grâce de mettre dans la mienne. » Il s'affermit encore dansée dessein lorsque, voyant, quelque temps après, le jeune Charles jouer, au collège, dans une tragédie le rôle d'un courtisan converti qui déplore le temps perdu dans les vanités et les folies du siècle, il reconnut clairement que l'acteur parlait du fond de son âme, et qu'en détestant le monde il ne faisait qu'exprimer ses propres convictions. Aussi lui dit-il le soir, en le bénissant : « Vous avez bien parlé, ô mon fils ! quand une « fois on a eu le bonheur de se donner à Dieu, ce serait une « action bien lâche et bien indigne d'un homme d'honneur « de quitter son service pour quoi que ce fût. »

Tel était le jeune homme que le saint évéque voulait prendre avec lui à l'ermitage de Saint-Germain; et, en attendant, il le prit près de sa personne au commencement de 1622, pour le former â la science des saints. Le bonheur de ce disciple bien-aimé dura peu, puisque la mort vint sitôt après lui enlever son maître; mais il en profita néanmoins si bien, que dans la suite il convertit grand nombre d'hérétiques, devint évéque de Genève, et, de concert avec madame de Chantai, écrivît la vie de son saint oncle, la plus détaillée et la plus authentique que nous ayons.

François, après avoir, comme nous l'avons vu, donné des ordres pour sa retraite, prit le chemin du retour, et, traversant le lac d'Annecy, arriva au bourg de Dérée, où résidait la baronne de Chevron. Étant allé lui rendre visite, il lui dit tout à coup, après quelques paroles échangées sur la vanité du monde : « Madame, nous nous faisons vieux; il est temps « de penser tout de bon à la vie future. — Il est vrai, mon- « seigneur, répondit la pieuse dame, que je suis vieille : âgée « de soixante-douze ans, je ne dois plus penser qu'à mourir ; « et ma mort sera sans inconvénient, car je suis très inutile « en ce monde; mais vous, monseigneur, vous êtes nécessaire « à l'Église, et Dieuvous conservera encore de longues années. « —Vous êtes dans Terreur, Madame, reprit le saint évéque,

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