‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 141 sur 292 · UV. VI. — IL QUITTE LA COUR DE TURIN · texte numérisé non relu

UV. VI. — IL QUITTE LA COUR DE TURIN

puta ]e bonheur de leur en prêter; et telle était Tidée qu'Us avaient de leur h6te, qu'ils disaient en rendant ces linges, après qa'ils lui avaient servi : « Gardez-les précieusement, car ils « ont servi à un saint, et un jour on les vénérera comme des « reliques.» Du couvent le saint évéque allait à la cour autant que le demandaient les bienséances ; mais, en voyant le monde, il s'en dégoûta plus encore, et répéta ce qu'il avait dit antrefois à Paris, qu'il faisait un noviciat où il ne ferait jamais profession.

Pour lui faciliter Texercice de sa charge autant que pour honorer son mérite, on lui proposa de laisser à son frère l'évôché d'Annecy et d'accepter l'-archevèché de Turin, alors vacant; il refusa sans hésiter; et, comme le marquis de LuUin, son ami, le pressait d'accepter, en lui représentant qu'à l'aide de cette position nouvelle il pourrait établir avantageusement ses neveux : « Mes neveux, répondit-il en riant, sont déjà plus « riches et plus grands qu'ils n'étaient il y a quelques années, « car alors ils naquirent tout nus, et maintenant ils possèdent « au moins chacun un vêtement ^ »

Cependant, soit les incommodités du logement, soit les assujettissements de la cour, soit ses travaux passés et présents, François tomba gravement malade. Cet accident contraria fort sa charité et son zèle ; car il avait appris qu'une grande disette régnait en Savoie, et la pensée que son peuple souffrait sans qu'il pût le soulager le faisait souffrir cruellement lui-même : <c Ah ! disait-il, quand je serai de retour à « Annecy, je vendrai ma mitre, ma crosse, mes habits, ma « vaiselle et tout ce que je possède , pour secourir mes pau- « vres ^. » D'un autre côté, il avait appris que le maréchal de Lesdiguières avait enfin ouvert les yeux à la lumière que luimême lui avait présentée si vive et si pure pendant les stations préchées à Grenoble, et que, le 24juillet decette année 1622,

^ Année de la Visitation, 14 mai.

« Charl.-Aug., p. 568.

il avait abjuré le calvinisme entre les mains de Tarchèque d'Embrun. François désirait se rapprocher de cet illustre converti pour le soutenir au besoin dans la voie nouvelle où il venait d'entrer; aussi, dès qu'il fut guéri, il demanda à la princesse la permission de se retirer; elle y consentit, et, ea témoignage de sa vénération, elle lui fit présent d'un anneau précieux où était enchâssé un diamant de la valeur de trois miUe francs ^

Joyeux de ce riche cadeau dont il destinait le prix au soulagement de ses pauvres, il quitte la cour après y avoir séjourné trois mois, et se met en route pour Annecy. Mais voilà qu'à peine est-il à deux lieues de Turin, son domestique, cherchant le précieux anneau là où il croyait l'avoir mis, et ne le retrouvant plus, vint lui dire tout consterné que le présoil de la princesse était perdu : « Dieu soit béni! » répondit-il sans témoigner ni regret ni émotion, tant son cœur était détaché et soumis à toutes les dispositions de la Providence ^ : « Dieu soit béni! cet anneau était trop précieux pour que je « m'en servisse; puis j'aurais pu être tenté de laisser mon « cœur s'attacher à un si précieux bijou. S'il ne se retrouve « pas, c'est que Dieu aura voulu nous épargner le soin à*m- « ployer en aumônes la somme que nous en aurions tirée ^ « La Providence le destine peut-être à faire la fortune de quel- « que pauvre qui le trouvera et en vivra à son aise le reste de « ses jours; dès lors je dois estimer n'avoir rien perdu. »

Il en arriva cependant autrement : à quelque distance de là< le même domestique vint lui dire qu'il avait retrouvé l'anneau dans les replis de son habit ; cette nouvelle ne l'émut pasp)o$ que la première : uni à la volonté de Dieu dans un détachement parfait, il conserva la même égalité d'âme et de visage. Arrivé à une hôtellerie, il s'aperçut que son aumônier, Michel

1 Le P. la Rivière, liv. III.

2 Charl.-Aug., p. 558. — Esprit de saint François de Sales, V* pari • sect IV.

3 Dép, de la mère de Chaugy,

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