‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 140 sur 292 · UV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS · texte numérisé non relu

UV. VI. — CHAPITRE DES FEUILLANTS

comme à un envoyé de Dieu ; il remit le spirituel et le temporel dans Tordre le plus parfait et fit élire pour supérieur général dom Jean de Saint-François, Thomme le plus propre à cette position délicate ; de sorte qu'il put écrire à Rome, en rendant compte de sa mission ^ : « Un grand nombre de « points relatifs au bien de la congrégation, et proposés de « toutes parts, ont été réglés comme il convenait; et les « nominations du général, des provinciaux, des abbés et des « prieurs se sont faites avec tant de concorde, de paix et de « douceur, qu*il ne se peut rien de plus aimable. On peut « vraiment appliquer à ce chapitre les mots du Psalmiste : « Qu'il est bon, qu'il est doux que ceux qui sont frères « vivent ensemble bien unis! Celui qui a été fait général par « Tunanimité de tous les suffrages a éminemment sur tous « ses confrères la palme de la science, de la prudence et de « Tesprit; c'est un homme d'une très grande piété, qui non « seulement a illustré et défendu l'Ëglise par de très beaux « écrits, mais est encore prêt à le faire quand son loisir le lui « permettra, »

Ces heureux résultats avaient coûté cher à l'évéque de Genève : arrivé au chapitre avec de graves infirmités , il s'était rendu plus malade encore par la grande application que demandaient et la tenue des assemblées et les entretiens particuliers avec les Religieux : à ce point, qu'un jour, après avoir longtemps souffert, sans se plaindre, de violentes douleurs pendant la tenue du chapitre, il fut contraint par l'excès du mal de lever la séance et de se retirer. Malgré cela, les jours de dimanches et de fêtes, où il n y avait pas d'assemblée, au lieu de prendre un repos qui lui eût été si nécessaire, Remployait tout son temps aux exercices de la charité pastorale : il prêchait, il confirmait, il confessait tous ceux qui se présentaient; il conféra même la tonsure et les ordres mineurs; et, comme le concours des peuples qui voulaient être bénis par

1 Lettres dciv*, dcv, dcvi«, dcvh*, Dcviir, dcix».

lui était prodigieax et les chaleurs excessives, il lui arriva un jour de tomber en défaillance au milieu de l'église. On craignit quelques instants pour sa vie; mais^ lorsqu*il eut recouvré ses sens, il dit aux Religieux qui Tavaient emporté loin de la foule : « C'est bien mal à moi d'être un membre délicat sous « un chef couronné d'épines; «et il voulut retournera ses fonctions, qu'il continua jusqu'au soir*.

Le saint évèque, ayant terminé les affaires qui avaient nécessité son voyage de Pignerol, vint à Turin, où l'appelaient toas les vœux de la cour. La princesse de Piémont lui avait fait préparer un logement magnifique, et voultdt le traiter en tout comme son grand aumônier; mais il la supplia de lui épargner ces honneurs et de trouver bon qu'il demeurât au couvent des pères Feuillants, qu'on appelait le monastère de la Consolante. Ceux-ci, à leur grand regret , n'ayant à lui donner qu'une petite cellule de huit à neuf pieds carrés, exposée à toute l'ardeur du soleil du midi, qui en rendait alors le séjour extrêmement pénible, le supplièrent d'accepter les beaux logements qu'on lui offrait de toutes parts : « Laissez-moi, leur répondit-il, c( la consolation de vivre quelques jours avec vous comme votre « frère, puisque je le suis en vérité ^. » C'est qu'en effet, avant de quitter le chapitre de Pignerol, il avait demandé et obtenu d'être affilié à l'ordre, s'estimant heureux d'être par là le fils de saint Bernard et le frère de tous les Feuillants. « Voulez-vous (( par vos civilités, ajouta-t-il, me chasser de chez vous et de <( la maison de notre père saint Bernard? Je suis ici aux pieds « de la mère de toutes les consolations ; où pourrais-je être « mieux ^? »

Le saint évéque se fixa donc chez les Feuillants, et là il eut le plaisir d'y vivre en pauvre ; car ces Religieux n'avaient pas seulement de linge à lui donner. Heureusement qu'on se dis-

ï Année de la Visitation, 17 juin. — Dom Jean de Sawnt-François liv. VI. — Charl-Aug., p. 555.

s Dom Jean de Saint-François, p. 394.

3 Année de la Visitation, 19 et 20 juin.

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