LIV. VI. — SA SÉPULTURE
de celte pièce, les magistrats d* Annecy écrivirent au prince de Piémont, celui-ci au roi de France, alléguant que, puisque la Savoie avait eu Thonneur de donner au monde et à TËglise cet insigne personnage^ c'était à elle à être la gardienne et la dépositaire de ses dépouilles mortelles; que d'ailleurs sa dernière volonté laissait le choix du lieu de sa sépulture aux gens de sa suite, et que ceux-ci avaient fait choix d'Annecy. Le roi se rendit à des raisons si puissantes; et, sur son ordre, les chanoines d'Annecy purent emporterle corps de leur saint prélat. Il fut réglé qu'on le leur livrerait à la Croix-Rousse, et les chanoines de Saint-Nirier voulurent l'y porter euxmêmes sur leurs épaules depuis la place Bellecour, où il était déposé. Le saint 'dépôt partit de Lyon le 18 janvier 1623, et, tout le long de la route, ce fut comme une procession continuelle de fidèles qui venaient de tous les lieux circonvoisins vénérer le saint évéque et faire toucher à sa bière des chapelets et des médailles. Arrivé à Annecy, on fit les funérailles les plus magnifiques qu'il fut possible, après lesquelles on déposa le corps dans l'église de la Visitation *. Ce fut là que les rois et les princes,1es hommes de toutes les classes et de toutes les conditions, vinrent le vénérer jusqu'aux jours malheureux de la Révolution française, où il fallut le dérober à Timpiété, dévastatrice aveugle de tout ce qui était saint et âacré. La paix rendue au monde, les pieuses filles de la Visitation se bâtirent un nouveau monastère, une nouvelle église; d'un autre côté, le comte Paul-François de Sales, arrière-petit-neveu du saint, alors ambassadeur du roi de Sardaigne en Russie, fit venir de Paris une magnifique châsse faite par ses soins et à ses frais; on y déposa le corps du saint évêque, puis on le transporta en grande pompe à l'église de la Visitation dans une procession solennelle, composée de plusieurs prélats, d'un nombreux clergé, de fidèles accourus en foule, et présidée par Tillustre archevêque de Paris,
» La Rivièi-e, p. 668.
Mgr de Quélen. Arrivé à l'église, on plaça la châsse audessus de Tautel, contre le mur du fond du sanctuaire; et, depuis ce temps comme auparavant, de nombreux pèlerinages y attestent encore chaque jour la vénération des peuples pour rhomme de Dieu qui passa sur la terre en faisant tant de bien.