‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 159 sur 292 · LIV. VI. - SA MORT · texte numérisé non relu

LIV. VI. - SA MORT

intervention surnaturelle, à Louis de Sales, son frère, qui était alors au château de la Thuile; à Charles-Auguste, son neveu, qui était dangereusement malade, et fut subitement guéri par Tapparition de son oncle; à madame de Chantai, qui, étant alors à Grenoble, entendit très distinctement, pendant son oraison, cette parole : // n'est plus; à la vénérable Anne-Jacqueline Coste, cette tourière de la Visitation dont il estimait tant la vertu; à M. deCoêx, prieur de Talloires, qui était 9} fort dans son intimité *. Mais surtout elle fut bientôt répandue dans toute la ville de Lyon, et dès lors un cri unanime et spontané proclama la sainteté du défunt : les fidèles vinrent en foule honorer son corps et lui faire toucher leurs chapelets et autres objets de dévotion. L'intendant de la justice, M. Jacques Olier, ordonna de l'ouvrir et de l'embaumer, et dans cette opération on lui trouva un cœur grand et large, sain et entier, le foie brûlé, un des poumons comme percé d'un coup d'épée, le ventricule droit du cerveau plein de sangcaiilé, et le gauche rempli d'eau, ce qui s'accorde avec la paralysie du bras et du côté gauche; mais ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est qu'on trouva son fiel durci, desséché et partagé en trois cents petites pierres attachées les unes aux autres en forme de chapelets, dorées ou émaillées de diverses couleurs, les unes rondes, les autres triangulaires, et dWres à huit faces, phénomène singulier, que les médecins attribuèrent à ]a violence continuelle qu'il s'était faite pour surmonter la colère, à laquelle il était naturellement enclin *.

Tout le sang que fit couler l'opération fut recueilli dans des linges et des mouchoirs par la piété des fidèles comme de précieuses reliques, qui opérèrent en eflet dans la suite plusieurs guérisons merveilleuses. On alla même jusqu'à racler Ja table et le plancher où en étaient tombées quelques

^ Vie de François de Sales, par le P. de la Rivièro, écrite en 1624, liv. IV. - Charl.-Aug., p. 586.

2 Charl.-Aug., p. 97. -- La Rivière, p. 664.

goutles, et ramasser religieusement tout ce qui avait servi au saint malade. Son cœur fut donné au monastère de la Visitation, et renfermé d'abord dans un reliquaire d'argent, pois dans un magnifique reliquaire d'or, présent de Louis XIII, qui témoigna ainsi sa reconnaissance pour la guérison qu'il avait obtenue par l'application de ce saint cœur; une desplas grosses pierres de son flel fut donnée à Marie de Médicis, une autre à Anne d'Autriche, deux autres aux princes de Savoie Charles-Emmanuel et Yictor-Amédée; un de ses anneaux à Madame Royale de Savoie ; et tous ces objets furent reçus avec grand respect et magnifiquement enchâssés S' ^^ tout le reste de ce qui avait appartenu à l'homme de Dieu fut distribué entre les princes, les grands et les Religieax, et chacun fut jaloux d'avoir quelques reliques d'un si saint prélat.

Le 30 décembre, on lui rendit les devoirs funèbres dans l'église de la Visitation, et le supérieur des Feuillants prononça son panégyrique, qui fut suivi des acclamations de tout le peuple, proclamant que c'était vraiment un saint, et l'appelant les uns un Ambroise, un Irénée, les autres un Grégoire, un Augustin. Le lendemain, Rolland et les autres membres du cortège épiscopal se préparaient à partir pour Annecy avec le corps de leur saint prélat ; déjà même ils l'avaient placé sur le brancard, que devaient porter deax mulets loués à cet effet, lorsque M. Olier vint faire opposition au départ, désirant conserver à la ville de Lyon un si riche dépôt. Rolland, sans se laisser déconcerter, part aussitôt pour Annecy et va chercher le testament qui lui donnait le droit de l'emporter. Il trouve toute la ville dans les larmes, comme si chacun eût perdu un père ; il leur fait connaître l'opposition qu'il éprouve, et leur lit l'article du testament par lequel le saint évéque laissait le choix du lieu de sa sépulture à ceui de sa suite, en cas qu'il mourût hors de son diocèse. Forts

1 Dép, de la mère de Chaugy,

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