CHAPITRE PREMIER
François de Sales était d'une constitution saine et d'une taille avantageuse : il avait la tète forte et bien développée, chauve dans la partie supérieure, mais garnie, dans sa seconde moitié, de beaux cheveux blond châtain, le front haut et large, les yeux bleus, mais un peu louches, recouverts de sourcils élevés et bien recourbés, les joues vermeilles et k, couleurs vives, la bouche ronde, la physionomie douce et agréable, les traits du visage d'une finesse remarquable, et le teint d'une délicatesse exquise. Sa voix était grave, sa parole tardive, sa démarche un peu lente ^ mais toujours ses manières douces et insinuantes, ses formes polies et agréables, son front serein, son air ouvert, son sourire modeste. Un témoin oculaire ^ a résumé en ces termes le portrait du saint évéque : « Toute sa composition extérieure, dit-il, était si « belle et si charmante, sa contenance si grave et si douce « tout à la fois, que mes yeux ne pouvaient se rassasier de le « voir, et que je ne puis imaginer un port plus magnifique. »
Sous cet extérieur si remarquable, on admirait une âme plus remarquable encore , dans laquelle la nature semblait avoir rassemblé tous ses dons: jugement exquis, bon sens rare, esprit facile et fécond, génie simple et naïf, ennemi de cette parure recherchée qui détruit les vraies beautés de la nature, imagination riche et brillante, goût d'ordre qui ne
* Charl.-Aug., versus finem.
« Dép, de Biard.
a20 VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.
négligeait pas plus les petites choses que les grandes, et ne remettait jamais au lendemain, ni n'anticipait la veille ce qui devait se faire le jour présent; caractère vif, mais bon, aimant, et en même temps si ferme, que jamais rien ne pouvait le déconcerter; cœur tendre enfin, sensible et ardent, mais qui, en s*attachant à Dieu, devint le foyer des plus grands, des plus purs et des plus héroïques sentiments; car la grâce ne change pas le fond du cœur et du caractère, elle le sanctifie; elle ne détruit pas la tendresse et la sensibilité, elle l'applique à ce qui est bien.
Doué de la politesse de l'esprit comme de la politesse des manières, habile dans cette science du monde qui rend avec grâce à chacun ce qui lui est dû, et mesure selon les persoones et les circonstances les divers degrés de respect ou d'amitié, il était toujours affable et civil comme il le fallait, ofBcieux par afl*ection, complaisant sans bassesse, poli sans affectation^ modeste sans austérité , gai avec bienséance. Il possédait au plus haut degré le génie de la conversation, savait la rendre tout à la fois aimable, amusante, et instructive, l'animant sans vouloir y briller, y disant des choses fines et délicates sans les rechercher. Le son de sa voix , la grâce de son langage également simple et noble, la gaieté douce et spirituelle dont il assaisonnait tous ses discours, mettaient dans son entretien un charme qui captivait l'estime, l'amitié, la confiance, et faisait dire de lui que jamais la vertu ne s'était montrée sous des traits plus aimables, plus propres à gagner les cœurs * .
Tant de belles qualités étaient relevées par une instruction profonde et variée. Versé dans l'antiquité profane et sacrée, il était familier avec les écrits des philosophes tels qu'A^ristote et Platon, Epictète et Sénèque, comme avec les ouvrages des historiens grecs et latins; et les uns et les autres venaient à propos sous sa plume ou dans sa bouche confirmer par quel-
1 De Cambis,;)flîssi7H.