‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 163 sur 292 · LIV. VII. — SA SCÏENCE · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA SCÏENCE

que irait instructif ce qu'il avait à établir. Il connaissait la rhétorique et la littérature; il possédait même tout ce qu*on savait en son temps de sciences naturelles; et si parfois sa physique est en défaut, c'est à son époque plutôt qu'à lui qu'il faut s'en prendre.

Mais ce qu'il possédait éminemment mieux, c'était l'en* semble des sciences ecclésiastiques, si vastes dans leur étendue, si hautes et si fermes dans leur doctrine, la science de l'Écriture sainte, qu'il cite presque à chaque page de ses écrits, et qu'il commente avec autant de délicatesse que de piété; l'histoire de l'Église, qu'il emploie si à propos à la défense de nos dogmes et k l'édification des âmes; les ouvrages des Pères, dont il rapporte tant de beaux passages; enfin, par-dessus tout, parce qu'elle est le résumé de tout, la théologie dogmatique et morale. Fort dans la science du dogme, il résolvait avec une facilité merveilleuse et une clarté étonnante, non seulement toutes les objections des hérétiques, dont aucun n'osait se mesurer avec lui, mais encore les questions les plus hautes et les plus ardues, telles que les questions de la grâce, qui sous sa plume ou dans sa bouche semblaient perdre toute leur obscurité, au témoignage d'un de ses historiens*. Non moins habile dans la science de la morale, il résolvait aisément tous les cas de conscience, appuyant toutes ses décisions sur la Somme de saint Thomas, dont il s'était rendu la doctrine si familière, qu'il y trouvait à l'instant les principes de solution dont il avait besoin selon les diverses circonstances. Toute la cour romaine l'admira dans Texamen public qui précéda son sacre. Les cardinaux du Perron et de Bérulle, le docteur Duval et les autres docteurs de Sorbonne l'appelèrent le plus savant théologien de son siècle; et le général des Feuillants, dom Jean de Saint-François, homme éminent en savoir comme en piété, après avoir répété le même éloge dans les mêmes termes, ajoute qu'il

* P. Philibert de Bonneville.

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excellait « dans toutes les parties de la théologie, qu il avait c( une connaissance exacte du droit canonique avec une intel- (( ligence si consommée des saintes Ëcritures, que son esprit (( semblait transformé en elles, et qu'il en expliquait ayec « une admirable clarté les passages les plus obscurs et les a plus difficiles. Enfin, dit le même historien, c'était un esprit « transcendant par la parfaite bonté de son sens naturel, par (c la profondeur de son savoir acquis, autant que par rabona dance des clartés et des lumières surnaturelles dont son âme « était remplie ^ » A de tels témoignages il ne nous reste plus qu'à ajouter que, lors du procès de sa canonisation, on fit un examen attentif de ses écrits, et la conclusion fut une déclanlion solennelle qu'ils étaient dignes d'être rangés parmi les écrits des Pères de l'Église.

Toutes ces sciences étaient accompagnées en François de Sales de deux magnifiques talents : le talent d'écrivain et le talent d'orateur, l'un et l'autre si importants pour communiquer aux peuples les riches trésors de doctrine qui étaient en lui. Il a été le premier à tirer notre vieille langue française de ses langes, et l'a fait parler avec une aisance et une grâce, une simplicité noble et pure, dont n'avaient pas approché Montaigne et Malherbe, qui vécurent peu avant lui, et que n'égalèrent pas Balzac et Voiture, qui lui furent postérieurs. Du sein de ses montagnes, au milieu d'une population inculte et illettrée, parmi les pénibles travaux d'un ministère suffisant pour absorber un homme tout entier, sans modèle, sans autre guide que la finesse de son goût et l'instinct secret des convenances, il s'est élevé jusqu'à être un des pères de la langue française et mériter d'être placé par l'Académie ao premier rang parmi les écrivains de son siècle *. Son imagina-

i Dom Jean de Saint-Fi'îinçois, liv. III, p. 231 et 234.

> En janvier 1638, TAcadémie française, établie par Richelieu irais ans auparavant, résolut de recueillir dans un dictionnaire les mots reçus ou consacrés par l'usage, avec les principales règles de la grammaire : pour cela, le 22 février suivant, elle fit clioix des auteurs qai

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