LIV. VIL — SA FOI
« voyant sa face, non, il est vrai, au plein jour de la gloire,
« mais dans la faible clarté du point du jour... Oh! quelles
« délices donne à Tâme la sainte lumière de la foi, qui montre
« avec une certitude incomparable, non seulement l'origine
« et la destination des créatures, mais la naissance du Verbe
« divin, qui, avec le Père et le Saint-Esprit, est un seul Dieu
« très adorable et béni dans les siècles des siècles! Le docte
« Platon ne sut jamais ceci, Téloquent Démosthènes l'a ignoré.
« Hoc doctus Plato nescivit, hoc Demosthenes eloquens igno-
« ravit*. Les heureux pèlerins d*Emmaiis disaient, en enten-
« dant les paroles de la foi : Notre cœur n*était-il pas tout ar-
« dent tandis qu'il nous parlait en chemin? Or, si les vérités
« divines procurent de si grandes suavités lorsqu'elles ne sont
« encore proposées que dans la lumière obscure de la foi, 6
« Dieu! que sera-ce quand nous les contemplerons dans la
« clarté du midi de la gloire? La reine de Saba s'écriait, après
« avoir entendu les paroles de sagesse qui sortaient de la
« bouche de Salomon, que ce qu'on lui avait dit de cette sa-
« gesse n'était pas la moitié de ce que l'expérience lui enfai-
« sait connaître; mais quand, arrivés en la céleste Jérusalem,
« le roi de gloire nous manifestera avec une clarté incompré-
« hensible les merveilles de la souveraine vérité, et que nous
« verrons à nu ce que nous avons cru ici-bas, oh! alors quels
« ravissements, quelles extases, quelle admiration, quel
« amour, quelles douceurs I Non, jamais, dirons-nous dans
« l'excès de nos transports, nous n'aurions pensé voir des vé-
« rites si délectables ^ . » A la vue d'une telle foi, on conçoit ce
que nous rapportent les témoins qui ont déposé dans le procès
de sa canonisation. « 11 avait, disent-ils , une grâce spéciale
« pour expliquer et faire entendre les plus hauts mystères ; il
« les développait avec tant de facilité et de grâce, que les
« plus simples comprenaient aisément '. Il excellait à ramener
ï S. Hieron., II ad Paulin, j col. 570, éd. Benod., t. IV. » Traité de Vamour de Dieu, liv. Ill, eh. ix. 3 Dép, de Passif.
« à la foi les âmes épfarées, à affermir les esprits chancelants, « à consoler et calmer les personnes tentées sur la profondeur « de nos mystères ^ Où Tentendement, leur disait-il, ren- K contre plus d'obscurité, la foi a plus de lustre. » Mais, en général, il enseignait que, dans les tentations contre la foi, il faut vaincre en fuyant plulôt qu'en combattant et raisonnant; qu il faut imiter ceux qui défendent une place assiégée, et qui, voyant les ennemis attaquer un poste ou donner Tescalade d'un côté, font une sortie par une autre porte et prennent l'ennemi à dos; qu'ainsi, quand la tentation contre la foi assiège l'entendement et veut emporter la raison, il faut, au lieu de s'amuser à disputer et à raisonner, sortir par la porte de la volonté et faire une bonne charge, s'élançant de vive force, par de saintes affections et de très humbles soumissions de notre volonté à l'autorité de la sainte Église, disant, par exemple : « Vive Jésus en qui je crois! \ïve la sainte « Église à qui j'adhère! 0 mère des enfants de Dieu, jamais « je ne me séparerai de vous, je veux mourir en votre sein ^. • Pour affermir la foi, le saint évoque disait qu'il ne connaissait rien de mieux que de marcher à sa lumière et de vivre de sa vie. « Quand il vous arrive quelque notable difïi- «< culte, disait-il, ne remuez rien que vous n'ayez première- « ment regardé l'éternité. » C'était une de ses maximes, raconte M. de Belley, qu'il faut marcher devant Dieu selon l'esprit de la foi et non selon le sens humain, c'esl-à-dire emprunter à la foi la règle de ses actions, de ses paroles et de ses désirs, se laisser constamment guider par elle, comme les Is^ raélites dans le désert suivaient la colonne qui les précédait, et retracer en toute sa conduite les maximes de l'Évangile, les exemples de Jésus-Christ et des saints. Il ne voulait point qu'on se portât à une chose parce qu'on y a du goût, qu'on s'en abstînt parce qu'on y a du dégoût; c'était ce qu'il appelait
ï Dcj). ffe la f Itère de Chaugy.
2 Dêp, du seigneur de Charmohy. — Lettre lxviii*.