‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 174 sur 292 · LIV. VII. — SA FOI · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA FOI

vivre selon la chair et les sens, et non selon la foi. « Une « personne, disait-il*, est bien douce, bien agréable; elle « m aime et me rend service : chérir uniquement pour cela, « c'est aimer selon la chair et les sens, car les animaux, qui « n'ont pour guide que la chair et les sens, aiment leurs bien- « faiteurs et ceux qui les traitent avec douceur et affection. « Mais une personne est rude, âpre, incivile : je l'aborde, je « lui témoigne de Taffection, je lui rends service, non que j'y « aie du plaisir, mais parce que cela est selon le bon plaisir « de Dieu; c'est là agir en esprit de foi. Je suis triste, et à « cause de cela je ne veux pas parler : les perroquets font « ainsi. Je suis triste; mais puisque la charité veut que je « parle, je le ferai; c'est là vivre de la foi. Je suis méprisé, « et je m'en fâche : les paons et les singes font ainsi. Je suis « méprisé, et je m'en réjouis : c'est là imiter les apôtres. Vivre « donc de la foi, c'est faire les actions, dire les paroles, avoir « les pensées que l'esprit de foi requiert de nous. L'âme, ap- « puyée sur l'esprit de foi, s'encourage parmi les difficultés, « parce qu'elle sait que Dieu aime, supporte et secourt les « misérables qui espèrent en lui; elle s'attache à Dieu et dit « souvent que tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, que ce qui « n'est pas pour l'éternité n'est que vanité *. »

Aussi le saint évêque avait-il l'œil toujours ouvert sur son intérieur pour y entretenir continuellement celte vie de la foi. « Ceux qui l'ont longuement fréquenté, dit un de ses histo- « riens', ont reconnu qu'il ne suivait en rien ses inclinations « naturelles; » et lorsqu'elles se présentaient à lui, il les foulait sous les pieds sans en tenir aucun compte, pour n'agir et ne parler qu'en vue de Dieu. « Nous ne devons plus, disait- « il, nous servir de notre cœur, de nos yeux, de nos paroles « pour contenter notre humeur et nos inclinations, mais seu-

* Lettre nccr.

* Dép, de Janm. — Esprit de saint François de Sales, X^ part., sect. xii

et XIII.

» Le P. la Rivière, p. 534 et 582.

« lement pour le service de Tépoux céleste. » Aussi toutes ses actions, les plus communes comme les plus relevées, il les accompagnait d'une vue de foi; et c'était le plus souvent l'intention très pure de plaire à Dieu, un désir ardent de faire la chose le mieux possible pour le pur amour du Sauveur, vers lequel son cœur aspirait sans cesse par de saints élancements ou du moins par des regards intérieurs pleins d'affection, de sorte qu'on peut dire, avec Thistorien déjà cité^ que toute l'économie de ^on âme lui était continuellement présente; rien ne s'y passait, rien ne s'y omettait, qu'il ne s'en rendit compte à la lumière de Dieu ; et de cette excellente clarté provenait une délicatesse de conscience si grande, qu'il n'eût pu souffrir en lui volontairement, je ne dis pas ce qu'il savait pouvoir déplaire à Dieu, mais même ce qu'il croyait devoir lui être moins agréable comme moins parfait.

1 Le P. la Rivière, p. 511.

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