LIV. VIL — SON ESPÉRANCE
« Seigneur de sa vie éternelle, disail-il \ s'il ne la donnait « aux pauvres, petites et chétives créatures comme nous, qui « Dévouions espérer qu'en sa souveraine bonté? Vive Dieu! « j'ai cette confiance bien ferme au fond du cœur, que nous via vrons éternellement avec Dieu ; nous serons un jour tous « ensemble au ciel ; il faut prendre courage, nous irons bien- « tôtlà-baut.... Omon Dieu, que je trouve de consolation dans « Tassurance que j'ai que mon cœur sera éternellement abîmé « dans l'amour du cœur de Jésus! Que la Providence nous « conduise où il lui plaira, qu*importe? nous arriverons à ce « port *. »
Un gentilhomme, que la crainte de la mort et des jugements de Dieu avait jeté dans une profonde tristesse, le consultait un jour : « Hélas! lui répondit-il ^, que c'est un étrange tourment « qae celui-là! Mon âme, qui l'a enduré six semaines durant, « est bien capable de compatir à ceux qui en sont affligés; « mais il faut que je vous parle cœur à cœur, et que je vous « dise que quiconque a un vrai désir de ser\ir Notre-Seigneur « et de fuir le péché ne doit nullement se tourmenter de la A pensée de la mort et du jugement. S'il faut craindre l'un et « l'autre, ce ne doit pas être de cette crainte qui abat et dé- « prime la vigueur de l'âme, mais d'une crainte mêlée de « confiance, et par cela douce. Dieu nous aidera, pourvu que « nous l'en priions. Puisque vous désirez être toutà Dieu, espé- » rezen lui : qui espère en lui ne sera point confondu. »
Plein de ces sentiments, il disait un jour à M. de Belley, dans son langage simple et naïf, qu'il fallait mourir entre deux oreillers, l'un de l'humble confession que nous ne méritons que l'enfer, l'autre d'une entière confiance que Dieu, dans sa miséricorde, nous donnera son paradis. Et, une autre fois que sainte Chantai était malade à Textrémité : « Mettez votre <i tète, lui dit-il, au pied de la croix, et tenez-vous là hum-
^ Etprilde mint François de Sales, XV* p., sect. xv ot xxx. - Entretien ii. — Dép. de sainte Chantai, ^ Lettre Dcccxxviir.
<( blement et pleine de confiance pour recevoir les mérites da <i sang qui en découle. » C'était cette ferme espérance du ciel qui Tencourageait parmi les peines cuisantes et les travaux immenses de son épiscopat. « La grandeur de nos espérances <( en la vie éternelle, disait-il, doit nous rendre presque in- « considérables tous les événements de cette vie temporelle; » et il aimait à redire souvent et à inculquer aux autres ces deux vers, dont le sens vaut mieux que la poésie :
A cause des biens que j'attends.
Les travaux me sont passe- temps.
Sa confiance en Dieu parmi tous les événements au milieu desquels il se trouva n'était pas moins admirable * , Frappé de cette considération que Dieu est pour nous un tendre père qui fait tout concourir au bien de ceux qui Taiment; que, Notre-Seigneu rayant envoyé les apôtres sans argent et sans provisions, rien cependant ne leur avait manqué, et que tous les événements, grands ou petits, partent de la main paternelle delà Providence, sans laquelle un cheveu ne tombe pas de notre tète, il se reposait en Dieu avec plus de conûanceque ne fit jamais enfant dans le sein de sa mère. « Notre-Seigneur, « disait-il, m'a appris cette leçon dès ma jeunesse, etsij'é- « tais à renaître, je voudrais me laisser gouverner jusquedans « les moindres choses par cette divine Providence, avec une « simplicité d'enfant et un profond mépris de toute prudence « humaine... Ce m'est une grande jouissance, ajoutait-il, de « marcher les yeux fermés sous la conduite de la Providence. « Ses desseins sont impénétrables, mais toujours doux et « suaves à ceux qui se confient en elle. Laissons-la donc con- <( duire notre âme, qui est sa barque^ elle nous fera surgir à « bon port. Heureux ceux qui se confient en Celui qui peut « comme Dieu et veut comme père nous donner tout ce qui
1 Esprit de sninl François de Sales, YIII* part., sect. xv; XIII* part. sect. II.