LIV. VIL — SON ESPÉRANCE
ceux qui avaient perdu ou étaient en péril de perdre quelquesuns des leurs : « Oh ! si une fois nous avions notre cœur bien « pénétré de la sainte et bienheureuse éternité, écrivait-il à une « mèredontrenfant était en danger*, allez, dirions-nous à tous « nos amis, allez, chers amis, en cet Être suprême à l'heure « que le roi de réternité vous a marquée ; nous y irons aussi « après vous, et, puisque le temps ne nous est donné que pour « cela et que le monde ne se peuple que pour peupler le ciel, « nous ferons tout ce que nous pourrons pour nous en rendre « dignes... » « Oui, vraiment, disait-il un autre jour ^, les « passages de nos amis à une vie meilleure sont très aimables, « puisqu'ils se font pour peupler le ciel et agrandir la gloire « de notre roi; un jour nous irons les rejoindre , et, en atten- » dant, apprenons soigneusement le cantique du saint amour, « afin que nous le chantions plus parfaitement dans l'éternité. « Bienheureux ceux qui ne mettent point leur confiance dans « la vie présente et ne l'estiment que comme une planche « pour passer à la vie céleste, dans laquelle seule il faut pla- « cer nos espérances... » « Il n'y a personne, disait-il encore ^, « qui ait le cœur plus tendre en amitié que moi et qui ressente « plus vivement les séparations; néanmoins je tiens pour si « peu cette vanité de la vie, que jamais je ne me retourne ft vers Dieu avec plus d'amour que quand il m'a frappé. Il «< faut élever le cœur en haut, vivre avec des pensées géné- « reuses et magnifiques qui nous tiennent attachés à cette « sacrée Providence qui n'a disposé nos moments mortels que « pour la vie éternelle; il ne faut voir dans la mort que le « passage k l'éternité, où les amitiés commencées en ce monde « se reprendront pour ne plus jamais recevoir de séparation. « Attendons courageusement que l'heure de notre départ « sonne, pour aller où nos amis sont déjà arrivés. Je ne vous
^ Lettre Dccvir.
^ Dép, de sainte Cfianial, art. 25.
2 Lettres dcccxxxiv, dcccxxxv, occcxxxvr, dcccxxxvii«, dcccxxxviii%
DCCCXL*.
« défends pas de pleurer; Notre-Seigneur pleura bien sur La- « zare, et vraiment je pleure bien aussi, moi, en semblables « occasions ; mon cœur de pierre es choses célestes jette des a eaux pour ces sujets; mais je désire que vous ne pleuriez « pas démesurément et que vous témoigniez préférer rétemîlé « à rimage de ce monde. »
<( Nous devons, ajoutait*iI gracieusement*, imiter les al- « cyons, qui, au dire de quelques-uns, font leur nid au milieu « des mers, et en agencent si bien Téquilibre, que le mouve- » ment des vagues ne les peut submerger, en unissent si bien « toutes les parties inférieures, que Teau ne les peut péné- « trer, et ne laissent qu'une ouverture vers le ciel pour aspi- « rer et respirer. Oh! que je voudrais que nos cœurs soient (( de la sorte bien fermés au monde, bien calfeutrés de toutes (( parts, afin que les choses de la terre ne les puissent submer- <c ger ! Que je désire qu'il ne s'y trouve aucune ouverture « que du côté du ciel, pour aspirer et respirer Notre-Seigneurl « Oh ! quand nous rendra-t-il tels, que, quoique environna « du monde et de la chair, nous ne vivions pourtant que de u l'esprit; que, quoique entourés des vanités du monde, nous • « visions cependant toujours au ciel; que, quoique vivant <( parmi les hommes, nous ne cessions de louer Dieu avec les « anges? Quand sera-ce que toutes nos espérances seront uni- « quement pour le paradis? Quand le divin amour nous con- « sumera-t-il pour nous faire mourir entièrement à nous- « mêmes et vivre entièrement à Dieu? »
En même temps que le saint évêque aspirait si ardemment à la possession de Dieu dans le ciel, il confessait du fond de son cœur, qu'à ne considérer que sa misère, il ne méritait que l'enfer ; mais, plein d'une humble confiance en la miséricorde de Dieu et les mérites de Jésus-Christ, il espérait fermement partager un jour le bonheur des élus ^ : « Et que ferait Notre-
1 Lettre CLXir.
^ Dép. de sainte Chantai, art. 25.