UV. VIL — SON AMOUR POUR DIEU
« ne m'est plus rien qu'en Dieu, en lequel et pour lequel « j'aime plus tendrement les âmes. » Et véritablement il était insensible à tout ce qui ne regardait que la terre ; rien ne le louchait que Dieu ou ce qui était selon Dieu : « Notre maître, <« disaient ses domestiques, ne s'anime que pour Dieu, il ne <« s'embarrasse pas de ce qu'on lui sert à table, si les mets «i sont froids ou chauds, insipides ou agréables au goût; mais (c il ne peut souffrir la moindre offense de Dieu. »
Enfin, dit sainte Chantai, si on veut bien connaître l'amour dont le saint a brûlé pour Dieu, il n'y a qu'à lire les douze livres de son Traité de l'amour de Dieu; il s'y est dépeint naïvement lui-même; et tout cet admirable ouvrage n'est que l'histoire fidèle de son cœur et de sa vie *. Impossible de lire surtout le chapitre xxii du livre IP, les chapitres m, vi, vn et XI du livre X'; le chapitre xiv du livre XI', et le chapitre xni du livre XII®, sans sentir que l'auteur était tout feu et tout amour pour son Dieu. C'est dans ce beau traité que, son cceurselivrant à l'amour que les théologiens appellent l'amour de complaisance, il s'écrie : « Que vous êtes beau, mon bien- « aimé! que béni soit à jamais mon Dieu de ce qu'il est si « bon! que je meure ou que je vive, je suis trop heureux de « savoir que mon Dieu est riche en tous biens et sa bonté in- « finie *. » C'est là que, présentant d'autres motifs d'aimer, il raconte l'amour de reconnaissance dont le pénètrent les bienfaits de Dieu, la création, la rédemption, la justification: tf Ah! dit-il, comment peut-on avoir un cœur et ne pas aimer c( une si infinie bonté ! » C'est là enfin qu'il expose l'amour de bienveillance qui est dû à Dieu *, c'est-à-dire le désir immense que doit ressentir tout cœur chrétien de le voir connu, aimé et servi, et la peine que doit nous causer l'offense de ce père infiniment bon; amour de bienveillance fondé sur ce principe, que l'amour ne peut souffrir de voir offenser celui
1 Dép. de sainte Chantai, art. 26.
« Esprit de saint François de Sales, XIV • part., soct. i.
3 Jbid., l'* part., sect. xxxi. — XIV" part., sect. ii.
qu'il aime. Nous ne suivrons pas le saint auteur dans le développement qu'il donne de cet amour; il nous suffira dédire que sa vie entière en est un développement bien autrement magnifique; car, 8*il s'est livré à tant de prédications et de confessions, s'il a ramené dans la bonne voie tant d'hérétiques et de pécheurs, s'il a réformé tant de monastères, s'il a institué l'ordre de la Visitation, s'ila voué sa vie tout entière à des travaux continuels, ce n'a été que pour détruire le règne da péché et répandre l'amour de Dieu dans les cœurs. S'il a écrit tant de lettres de piété, s'il a composé tant de beaux ouvrages, et en particulier son TrcUié de Vamour de Dieu, ce n'a été que parce que, ne pouvant pas prêcher l'amour autant qu'il le désirait, il a pensé que ses livres remplaceraient sa voix et iraient dire à tous les pays comme à tous les siècles ce grand commandement de la loi : « Aimez Dieu de tout votre esprit, <t de tout votre cœur, de toute votre Ame et de toutes vos « forces ; » tant était gravée dans le cœur du saint prélat la parole que rapporte de lui la mère de Chaugy, dans sa déposition, que, « si on aime, il faut travailler à faire aimer Dieu et « à servir le prochain ; que la charité est la mère du zèle et dit « toujours au céleste Époux comme Rachel à Jacob : Donneï- « moi des enfants, ou je mourrai. »
Pour exciter tous les cœurs à aimer , il ne cessait de redire que le mérite de toutes nos œuvres et la perfection chrétienne consistent dans l'amour : « C'est l'amour, disait-il, qui donne « le prix à toutes nos œuvres : ce n'est pas par la grandeur ou « la multiplicité de nos œuvres que nous plaisons à Dieu, mais « par l'amour avec lequel nous les faisons; et souffrir une « chiquenaude avec deux oncesd'amour vaut mieux qu'endu- « rer le martyre avec une once du même amour *... Chacun, « disait-il encore, se fait une perfection à sa mode : les uns la « mettent dans l'austérité de la vie, d'autres en l'aumùnet
i Manuscrit de la sœur Fichet, p. 45. — Esprit de taint François de Sales, V« part., sect. xiii etxiv. — IX' part., sect. xviii. — XIV* part.,secl. XXVI. — X1V« part., sect. xlviii.