LIV. VIL — SON AMOUR POUR DIEU
mour de Dieu, non pas comme ces martyrs à qui le ciel ôtait le sentiment de leurs souffrances, mais en ressentant toutes les douleurs des plus affreux tourments, afin de mieux prouver à Dieu son amour. Il allait plus loin encore : «Ahl vraiment, « disait- il, m'est avis que le paradis serait parmi toutes les « peines de l'enfer si Tamour de Dieu y pouvait être, et les « tourments des damnés me paraîtraient désirables siles flam- «( mes qui les consument étaient d*un feu d'amour divin * . Tout « me semble peu ou rien, hors l'amour de notre grand Dieu, et « j'estime même un vrai rien tous les contentements célestes « au prix de l'amour de mon Dieu. »
Cependant il gémissait de ne pan encore Taimer assez : tf Vous ne sauriez imaginer, écrivait-il à une personne, le sen- « timent que j'ai du désir d'aimer toujours plus. Et pourquoi « vivons-nous, si ce n'est pour aimer cette souveraine bonté? ce Hélas! quand sera-ce que le divin amour nous consumera « pour nous faire entièrement mourir à nous-mêmes et enlièu rement vivre à lui seuP? 0 amour éternel, mon âme vous « veut, vous choisit pour son partage... Je ne vous puis rien « dire de mon âme, écrivait-il à sainte Chantai, sinon qu'elle i< sent de plus en plus un très ardent désir de n'estimer rien « que la dilection de notre Sauveur... Oh! qu'il faut désirer « cet amour et aimer ce désir, puisque la raison veut que nous « désirions à jamais d'aimer ce qui ne peut jamais être assez « aimé, et que nous aimions à désirer ce qui ne peut jamais <c être assez désiré ^... Aussi aspirait-il chaque matin à aimer « plus que la veille ; à chaque heure, à aimer plus qu'à l'heure « précédente, et chaque année, à aimer plus que l'année d'à- « vant. Je finis cette année, écrivait-il, avec un désir non seua lement grand, mais cuisant de m'adonner meshui davan-
1 Esprit de saint François de Sales, \* part., sect. xxiv. — XI' part., sect. n. — XVIir part., sect. xxviii. — Vil* part., sect. xvi. — Lettre vccci.xnv, — IJép. de sainte Chantai ^ art. 26.
s Lettre lxxxix*.
5 Esprit de saint François de Sales j XIII* part., sect. xii.
3b8 VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.
« tage au saint amour : Dieu, pourquoi vivrons-nous Tannée « suivante, si ce n*est pour vous aimer plus ardemment! « 0 Dieu, ou faites-nous mourir, ou faites-nous plus aimer! <c 0 mon Dieu, s'écrie-t-il ailleurs *, quel bonheur et quelle « gloire de vous être uni par les chaînes de Tamour, de brûler « d'un même feu d'amour et dans une même fournaise avec « vous I Oh ! de quel amour ne devons-nous pas être embrasés « à la vue des flammes qui sont en vous! Hélas! quand seronsa nous unis à Dieu de l'union parfaite? Quand aurons-nous « des cœurs tout consumés de son amour? Oh! que j'ai de « désir que nous soyons bien anéantis en nous-mêmes pour (( vivre tout à Dieu! Qu'est-ce que je demande à Dieu, sinon « le pur et saint amour de mon Sauveur ? »
Dans l'ardeur de son amour, le saint évêque avait souvent à la bouche cette maxime : « A qui Dieu est tout, le monde « n'est rien, » maxime conforme au mot de saint François d'Assise : Mon Dieu est mon tout; et à celui de sainte Thérèse: Tout ce qui n'est pas Dieu ou pour Dieu ne m'est rien; et, en développant ces paroles, qu'il aimait à commenter, il avait coutume de dire : « Rien ne peut satisfaire en ce monde celui « qui ne se contente pas de Dieu : Cui quod satis est satis a non est, huic unquam satis nihil est ^. Qui a l'amour de « Dieu n'a plus ni crainte, ni désir, ni espérance, ni courage, <c ni joie que pour Dieu, et tous ces mouvements sont confondus « en un seul amour céleste'. Oh! que c'est une bonne chose « de ne vivre qu'en Dieu, de ne travailler qu'en Dieu, de ne « se réjouir qu'en Dieu *! Pour moi, disait-il, je neveux plus « rien être à personne, ni que personne me soit rien, sinon « en lui et pour lui seul ^. Vive Dieu ! il me semble que tout
ï Fin du Traité de Vamour de Dieu. — Lettre dcxliii'.
2 Espi'it de saint FranfOî«dei*?a/tf.s, XII1« part., sect. x.
•^ Traité de Vamour de Dieu, liv. XII, ch. xx.
* Esprit de saint François de Sales, X« parl.,sect. xxxii.
'» Dép. de Desfayes. — Esprit de saint François de iS'ate«^X*part.,se€t.
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