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SA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

L'acte d'amour le plus excellent que puisse produire une âme chrétienne, comme le degré de perfection le plus haut où elle puisse s^élever, c'est, selon saint François de Sales, Tunion parfaite de sa volonté à celle de Dieu , cette union qui fait qu'on ne désire rien autre chose ici-bas que Dieu seul et son bon plaisir, qu'on veut tout ce qu'il veut et comme il le veut, et qu'on est toujours disposé à aller paisiblement et gaiement partout où il nous appelle , à accepter tout ce qu'il nous envoie, à faire tout ce qu'il nous demande ; et telle fut bien la vie du saint évoque de Genève. Toujours résigné et uni au plaisir de Dieu par un amour mêlé d'une sainte confiance, toujours soumis d'avance à tous les effets de la divine providence, il menait toutes les affaires avec un calmeet un repos parfait de son âme, sans se troubler ni s'empresser, sans s'inquiéter du succès, comme sans être ému d'aucun accident contraire ^.

Employer son temps à une chose ou à une autre, être ea santé ou en maladie, être loué ou être blâmé, tout lui était égal, parce qu'en tout il voyait le bon plaisir de Dieu- « Ne « regardez nullement à la substance des choses que vous « faites, disait-il, mais à l'honneur qu'elles ont, quelque cbé- « lives qu'elles soient, d'être voulues de Dieu, d'être dans

ï Esprit de saint François de SaleSy X« p., sect.xxx. — XIV«p.,soct.iï.

— Ill« p., sect. XLii. — XVIP p., sect. xvii. — VII» p., sect. xvu et xvni.

— XV« p., sect. XXXI ot xxxvii. — Dép. de sainte Chantai, iurt. 29. * Dép, de Moccand,

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« Tordre de sa providence et disposées par sa sagesse. La « pureté de cœur consiste à estimer toutes choses au poids « du sanctuaire, qui n'est autre que la volonté de Dieu; n'ai- « mez donc rien trop ardemment, pas même les vertus, que « Ton perd quelquefois en passant les bornes de la raodéra- « tion^ »

« Qu'aimez- vous mieux, lui demandait-on un jour^, ou « vivre en bonne santé ou passer le reste de votre vie para- « lylique, dans un lit? — Je n'aime ni Tun ni Tautre, répon- « dit-il, je suis indifférent et ne veux en Tun comme en l'autre « que le bon plaisir de mon Créateur. — Mais en santé, vous « feriez plus de bien qu'en maladie. — Je ne veux point « choisir, répliqua-t-il, la manière de servir mon Dieu : en « santé, je le servirai en agissant; malade, je le servirai en « souffrant. C'est à lui à choisir ce qu'il aime le mieux : des « deux côtés je ferai sa volonté; cela me suffit. — Mais qu'ai- « mez-vous mieux, ou vivre longuement pour acquérir plus «< de mérites, ou mourir bientôt et de mort subite? — Je ne '< veux point avoir de volonté sur tout cela : vie longue, vie « courte, mort subite, ce sont là pour moi choses indiffé- « rentes. Je m'abandonne sans réserve à la Providence et au « soin que, de toute éternité, elle a résolu d'avoir de ma vie « et de ma mort. — Mais enfin, n'aimeriez-vous pas mieux, « au sortir de la vie, aller droit en paradis que d'être arrêté " en purgatoire? — J'irai très volontiers au lieu que Dieu « m'assignera; et, en quelque endroit que ce soit, je serai '< content. Avec la volonté de Dieu, le purgatoire me serait << un paradis, et sans la volonté de Dieu, le paradis me serait « un purgatoire ! »

Une année il se proposait de prêcher une station de carême, lorsqu'il fut saisi d'une fièvre continue; ce contre-temps, loin de lui arracher un seul mot de regret ou de plainte, ne

' Lettre lxxvii*.

* Le P. la Rivière, p. 458 et suiv.

put pas même lui faire perdre un instant de sa sérénité : « Si Dieu, dit-il, ne veut pas que je le serve en prêchant, mais u en souffrant, que sa volonté soit faite. » On lui parlait un jour du dessein qu'avaient les hérétiques de le chasser deson évéché : « Eh bien, dit-il avec calme, je serai plus libre pour « servir Dieu et les âmes. — Mais, ajouta-t-on, ils vous met- « tront en prison, — Eh bien, repril-il, j'aurai plus de loisir « pour prier Dieu et écrire quelque chose à sa gloire. Cela « ne me fera aucune peine. Que la volonté de Dieu soit « faite I » Aussi était-ce sa maxime chérie, qu'il ne faut a rien désirer, rien demander, rien refuser, » mais être entièrement indifférent entre les mains de Dieu pour la santé ou la maladie, la vie ou la mort, la bonne ou la mauvaise fortune, la variété des positions, des lieux ou des occupations. « Quand on est en conversation, disait-il*, il faut s'y plaire, a parce que Dieu nous y veut, et quand on est seul, il faut se « plaire dans la solitude par la même raison. Quand on est « fixé quelque part, il ne faut pas rêver un changement de <( position : il faut demeurer en la barque dans laquelle on est « pour faire le trajet de cette vie à lautre, et il faut y demeu- « rer volontiers, parce que, encore que souvent nous n'y ayons « pas été mis de la main de Dieu, mais de celle des hommes, « Dieu veut que nous y demeurions^. »

Le saint évèque ne voulait pas même qu'on tint à certaines manières de servir Dieu plutôt que d'autres; et, suivant à la lettre, dans la pratique, le principe de s'abandonner en tout et pour tout au bon plaisir divin pour en dépendre absolument et sans aucune réserve, il faisait avec bonheur ses exer cices spirituels quand il le pouvait; mais, si la charité ou quelque autre obstacle l'en empêchait, il les laissait sans regret, passant avec le même abandon de la contemplation à l'action, et de l'action à la contemplation, également content

ï Esprit de saint François de Sales, W p., sect. xxv. 2 Le P. la Rivière, p. 575.

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