LIV. VII. — SA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU
de Tune et de l'autre, pourvu qu'il fit à tout moment le bon plaisir de son Dieu.
« Non, disait-ii, quoi qu'il me puisse arriver, rien ne me (c fera départir de la ferme résolution où je suis d'acquiescer « pleinement à tout ce que Dieu voudra faire de moi et de « tout ce qui m'appartient. Je veux confondre ma volonté en « celle de Dieu, ou plutôt je veux laisser Notre-Seigneur voûte loir en moi et pour moi tout son bon plaisir, et je dépose « tout soin de moi-même entre ses mains. » — « Ce matin, « écrivait-il un jour\ j*ai fait un acte de résignation nonpa- '< reil. Ohl que bienheureuses sont lésâmes qui vivent de la a seule volonté de Dieu ! Si, pour en savourer seulement un « peu par une considération passagère, on a tant de suavité (c spirituelle au fond du cœur qui accepte cette sainte volonté « avec toutes les croix qu'elle présente, que sera-ce des âmes (( toutes détrempées en l'union de cette volonté I ODieu! (C quelle bénédiction de rendre toutes nos affections humblet( ment et exactement soumises à celles du plus pur amour « divin! Ainsi Tavons-nous dit et résolu; notre cœur tient « pour sa souveraine loi la plus grande gloire de Tamour de « Dieu : or la gloire de ce saint amour consiste à consumer « tout ce qui n'est pas lui-même pour convertir tout en « lui. »
Quoi de plus charmant que le tableau d'une âme parfaitement abandonnée à Dieu, envoyée par Je saint prélat à madame de Chantai?
« Demeurer simplement, dit-il^, là où Dieu nous met, et « comme il nous y met, ainsi qu'une statue dans sa niche, <( avec le sentiment que nous sommes à Dieu et qu'il est notre « tout : voilà ce que nous devons aimer. Si une statue dans « sa niche pouvait parler, et qu'on lui demandât : Pourquoi i< cs-tu là? — Parce que, dirait-elle, mon maître m'y a mise.
I E9prit de saint François de Sales, XVII* part., scct. xxviiet xxviii. « Lettre cxc«.
« — Pourquoi ne te remues-lu point? — Parce qu'il veut « que j'y demeure immobile. — Que te revient-il d'être ainsi? « — Ce n'est pas pour moi que j'y suis, c'est pour obéir à la « volonté de mon maître. — Mais tu ne le vois pas? — Non, a mais il me voit et prend plaisir à ce que je sois où il m'a <( mise. — Mais ne voudrais-tu pas bien te mouvoir pour « aller plus près de lui ? — Non, à moins qu'il ne me le com- « mandât. — Ne désires-tu donc rien? — Non, carie bon « plaisir de mon maître est l'unique contentement de mon u c œur. )> Telle était, en effet, Pâme du saint évêque de Genève ; plaire à Dieu était toute l'ambition de son cœur, sa seule prétention en ce monde, l'unique but de ses actions, de ses paroles et de ses pensées. « Oh I combien de fois, rap- « porte sainte Chantai, ne l'ai-je pas entendu dire, avec un (c sentiment tout extatique, ces mots du Psalmiste : « 0 Sei- « gneur, qu'y a-t-il pour moi dans le ciel et que désiré-jesur « la terre, sinon vous, ma portion et mon héritage pourl'é- « ternilé? » Et cet autre mot de l'Apôtre : « Seigneur, que « voulez-vous que je fasse?... » Notre centre, disait-il, c'est la « volonté de Dieu; Dieu veut que je fasse ceci maintenant, (C Dieu veut cela de moi, que me faul-il de plus? tandis que « je fais cette action, je ne suis pas obligé d'en faire une « autre. »
Aussi n'approuvait-il pas cet empressement de voir exaucer ses prières au gré de sa volonté : « C'est, disait-il, vouloir ac- « commoder la volonté de Dieu à la nôtre, tandis qu'au con- (( traire nous devons soumettre notre volonté au bon plaisir « de Dieu. » Il approuvait encore moins ces lamentations qu'on faisait quelquefois en sa présence sur les calamités qui survenaient. « Laissons tout cela, disait-il, à la Providence, (( Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient ; et, pourvu « que nous observions ses commandements, tout nous toura nera à bien^ Il faut, ajoutait-il, avoir une continuelle el in-
1 Dcp. de Ihmard.