‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 187 sur 292 · LIV. VII. — SA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

« violable égalité de cœur parmi la si grande inégalité des « événements ; et, quoique toutes choses varient diversement « autour de nous, il nous faut demeurer constamment immo^ « biles, le regard fixé sur Dieu seul. Que tout se renverse sens <c dessus dessous, je ne dis pas seulement autour de nous, « maisen nous; que notre âme soit triste ou joyeuse, en douce ceur ou en amertume, en paix ou en trouble, en clarté ou « en ténèbres, en tentations ou en repos, en goût ou en dé- « goût; que le soleil la brûle ou que la rosée la rafraîchisse, « il faut que toujours notre volonté regarde au bon plaisir de « Dieu, son unique et souverain bien. A quelle sauce que Dieu « nous mette, ce nous doit être tout un. Voilà le blanc de la <c perfection, auquel nous devons tous viser, et qui plus en « approche emporte le prix ^ »

« Demeurez, disait-il à ses chères filles de la Visitation *, « invariablement fidèles à la pratique devons tenir, par un « entier dépouillement de vous-mêmes, entre les bras de la « volonté de Dieu ; et, toutes les fois que vous trouverez votre « esprit hors de cet agréable séjour, ramenez-ry doucement « par une simple remise de votre cœur dans le sein paternel « de la divine bonté. Demeurez là sans vous en détourner « pour regarder ce que vous faites, ce que vous ferez ou ce « qui vous adviendra. Si vous voyez naître en vous quelque a inquiétude ou désir, dépouillez- vous- en soudainement, et <c remettez le tout en Dieu avec douceur et patience, acquies- « çant en tout et pour tout à sa très sainte volonté, et protes- « tant ne vouloir que lui et Taccomplissement de son bon t< plaisir... U y a longtemps que j'ai une suavité non pareille « quand j'entends chanter ces paroles : Nu je suis sorti du « sein de ma mère, et nu fy rentrerai : Le Seigneur me Va a donné, le Seigneur me l'a été, que son saint nom soit béni; « ou quand je considère le Sauveur naître nu dans la crèche,

1 EsptHt de saint François de Sales, III* part., sect. xli.

2 Le P. la Rivière, p. 34a

« mourir nu sur ]a croix, pour nous apprendre à ne tenir à « rien en ce monde, à remettre^ tout, noire âme, nos actions « et nos succès, au bon plaisir desonPère,ennousabandoD- « nant, par un amour de parfaite confiance, à la merci de « Tamour éternel que la divine providence a pour nous. Tenez « votre âme ferme en ce train, mes chères filles, sans per- « mettre qu'elle se divertisse à faire des retours sur elle- « même pour voir si elle est satisfaite... Écoutez et imitez le « Rédempteur qui chante le cantique de son amour sur ^a^ « bre de la croix : Mon Père , je remets mon esprit entre vm « mains. Après avoir dit cela, que reste-t-il à faire sinon à « expirer et à mourir de la mort d'amour, pour ne plus vivre « à nous-mêmes et laisser Jésus-Christ vivre en nous? Heu- « reuse Tâme qui s'abandonne ainsi entièrement! En quelque « événement que ce soit, elle prononcera de cœur le saint « acquiescement du Sauveur : Oui, mon Père, puisque tel est « votre bon plaisir. Qu'il soit fait de moi et en moi selon le « bon plaisir de votre cœur, pour lequel je veux vivre et « mourir comme il lui plaira, sans réserve et sans exception « quelconque. Oh! vive Jésus, qui est mort pour notre cœur, « et qu'à jamais notre cœur meure en l'amour de ce doui « Sauveur I » — Aussi le saint prélat exhortait ses filles à unir chaque matin leur volonté à celle de Dieu, et à renouveler fréquemment pendant le jour cette sainte union par un regard intérieur sur la divine bonté, lui disant au fond du cœur, doucement, paisiblement, tout bellement, disait-il, plutôt que par manière d'élan : « Oui, Seigneur, je le veux comme vous V voulez; oui, mon Père, oui, toujours oui! »

Lorsqu'il assistait un mourant, il ne lui recommandait rien plus que l'acquiescement de sa propre volonté à lavolontéde Dieu : « 0 Dieu, lui faisait-il dire, que votre volonté soit « faite et non la mienne ; qu'il en soit de moi, 6 Père cé- « leste, comme cela vous semblera bon. » Et il en donnait pour raison que mourir dans le sein de la divine volonté, c'est s'endormir, comme saint Jean, sur la poitrine de Jésus-

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