LIV. Vn. — SA RELIGION
et terminer son exhortation : « Non, mes chères filles, leur ré- « pondit-il, je suis sur la terre d'autrui, il faut que j'obéisse \ » Toutefois rien n'égalait sa religion pour le Souverain Pontife, en qui il vénérait le vicaire de Jésus-Christ, un autre 8aint Pierre, revêtu de la plénitude du pouvoir apostolique. 11 prenait ses avis ou ses ordres pour toutes les affaires graves, ne voyageait point hors de la Savoie sans sa permission ; et, par obéissance au serment que prêtent les évèques le jour de leur sacre, il lui envoyait exactement tous les cinq ans l'état de son diocèse.
Chose remarquable ! sa religion lui inspirait une déférence particulière^ même pour les personnes mariées, par respect pour le sacrement de mariage qu'elles avaient reçu. Un marchand de Paris de sa connaissance étant venu à Annecy, il voulut qu'il logeât chez lui; et chaque soir« après le souper, il l'accompagnait jusqu'à sa chambre. Cet homme, confus de tant d'honneur, l'ayant supplié plusieurs fois avec instance de s'en abstenir : « Monsieur, lui dit le saint évèque, étes- « vous marié? — Non, monseigneur, et je ne le fus jamais. — « Oh! bien, répliqua-t-il, puisque nous sommes tous deux gara cens, j'agirai désormais plus familièrement avec vous. » Et on sut ensuite que c'était le respect du sacrement de mariage qui Tavait porté à traiter ainsi cet étranger '.
1 Année de la Visitation, 26 septembre. * Le P. la Rivière, p. 551 et suiv.