‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 194 sur 292 · LIV. VIL — SA RELIGION · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SA RELIGION

prédication, il ne souffrait point qu'on censurât la parole de Dieu, et disait qu'on devait Thonorer, sous quelque forme qu'elle eût été présentée; ce qui n'empêchait pas que dans roccasion il ne donnât aux prédicateurs des avis et des encouragements. « Peu importe, disait-il, que l'eau d'une fon* « taine coule par un canal de bois, de fer ou de plomb, << pourvu que le jardin soit bien arrosé. De même, peu im- « portent les qualités du prédicateur qui arrose, pourvu que « nos âmes soient détrempées de la divine parole comme d'une » rosée céleste qui fasse germer le Sauveur dans le jardin de « nos cœurs. »

Après la parole de Dieu, les Religieux étaient l'objet de sa lendre vénération. Il les honorait comme la portion la plus chère de son troupeau, la gloire de l'Église, l'élite des âmes parfaites. Il se plaisait à s'entretenir avec eux de Dieu et des choses célestes, et avait pour principe de respecter tous les privilèges que le Pape leur accordait. Les Barnabites et les Feuillants, les Minimes, les Capucins et les Chartreux lui ayant donné des lettres d'affiliation par lesquelles il était admis en participation âe leurs mérites, il s'en estima très heureux, et reçut ce témoignage d'affection avec joie et reconnaissance. Un Religieux ayant voulu l'appeler son père, il ne le permit pas et voulut qu'il l'appelât son frère. Il bâtit jusqu'à dix monastères pendant son épiscopat, et rendit à tous les Religieux tous les services qui furent en son pouvoir. Il évitait charitablement envers tous les témoignages d'intérêt qui eussent pu paraître de la partialité, mais il estimait davantage ceux qui se rendaient plus utiles. Il faisait un cas tout spécial des Religieux de la Compagnie de Jésus; et, quand il apprit que Henri IV les avait rappelés en France, il s'empressa d'en témoigner sa joie à son ami Deshayes : « Je me suis extrê- « mement réjoui, lui écrivit-il, du bon succès de l'affaire des « Pères Jésuites. »

Ce respect pour les Religieux ne nuisait en rien à ce qu'il devait à ses prêtres. Il traitait ceux-ci comme des égaux et

des frères, sans jamais laisser entrevoir àleur égard le moindre air de supériorité et de grandeur M il ne souffrait pas qu'ils demeurassent devant lui la tète découverte; et, quand il s'asseyait, il les faisait asseoir. Il exigeait que tous les gens de sa maison leur portassent un respect particulier ', et ne permettait pas qu'aucuns prêtres, pas même ses aum6niers, lui rendissent de ces sernces qui sont dans les attributions des domestiques. « Je remarque, disait-il, qu'on regarde quelque- « fois dans les prêtres leur condition ou extraction temporelle; « cela me fait mal au cœur : on ne doit voir en eux que leur ca- « ractère digne du respect des anges. » Et, une personne qui lui parlait d'un ecclésiastique Tayant appelé le petit prêtre, il blâma fortement cette manière de parler, comme pea respectueuse pour le caractère sacerdotal^. On ne saurait dire surtout l'estime qu'il faisait des bons curés* On l'a vu, au moment de partir d'Annecy pour un voyage, différer son départ pour aller, à neuf lieues de là, visiter un de ses curés dont on venait de lui apprendre la maladie^; et, quand la mort lui en enlevait quelqu'un, la peine qu'il ressentait de cette perte révélait en lui l'affection du père le plus aimant. Quant aux cardinaux, évêques et autres dignitaires de l'Eglise, il les avait tous en singulière vénération à raison de leur caractère; il n'en parlait jamais qu'avec grand respect, et leur rendait tous les honneurs qui convenaient à leur dignité^ S'il voyageait dans leur diocèse, il leur obéissait comme le plus humble de leurs diocésains. Un jour, qu'il faisait à la Visitation de Bourges un entretien spirituel, on vînt l'avertir que l'archevêque le demandait. Il interrompit h l'instant son discours et partit pour l'archevêché; et, comme les Sœurs lui représentaient qu'il aurait bien pu différer d'un quart d'heure

ï Dép. de Moccand, de Marrignier, etc.

2 Dép. de sainte Chantai, art. 28.

3 Dép, de Vautier.

* Dép, de Moccand.

5 Dép, de Vahbé Mou^i,

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