LIV. Vn.— SA DÉVOTION ENVERS JÉSUS^HRIST ET LES S
noces de Gana. Quand il était seul, il le contemplait au désert. Quand il était en butte à la persécution, il se le proposait fuyant en Egypte. Dans ses rapports avec ses parents, il se souvenait de la manière dont il s'étaU coadait avec lHarie et Joseph. Était-il consolé^ il Tadomît sur le Thabor; était-il dans la peine ou la Béefaaresse, il l'unissait à ses douleurs au jardin des Oiires ou sur le Calvaire; enfin, quoi qu'il lui arrivai ou qu'il eût à faire, toigours Jésus-Christ était sa pensée dominante et le divin exemplaire sur lequel il cherchait à se former.
Il s'excitait surtout à l'aimer toujours davantage par le souvenir de ses mystères, qu'il tenait habituellement présents à son esprit et à son cœur, comme l'objet le plus cher de sa dévotion ^ Les jours où l'Église les honore lui étaient précieux et excitaient toutes les effusions de sa piété : il y officiait toujours pontificalement avec une humble majesté et un grand recueillement, et il s'efforçait d'attirer en lui les grâces et les vertus du mystère qu'on célébrait.
Aux saintes fêtes de Noël^ le mystère de la crèche le pénétrait des plus pieux sentiments : « Le grand petit enfant de « Bethléem, disait- il ^, soit à jamais les délices et l'amour de « notre cœuri Ah! comme il est beau! J'aime cent fois mieux a voir ce cher petit enfant dans la crèche que de voir tous les « rois en leur trône. Mon Dieu * ! que ce mystère fait naître « dans nos cœurs de saintes affections^ surtout d'abnégation <c des biens, des honneurs et des plaisirs de ce monde ! Je ne « trouve point de mystère qui mêle si suavement la tendreté tf avec l'austérité, l'amour avec la rigueur, la douceur avec la <c sévérité. Sainte Paule aima mieux vivre pauvre à Bethléem « que riche à Rome; je le conçois : c'est que là il lui semblait c« entendre jour et nuit le cher enfant de Bethléem qui l'inci- Cl tait au mépris des grandeurs du monde et l'appelait à l'a-
» Esprit de mini François de Sales, XIII* part., sccU iv, v, vi. 2 Lettre dcccxlvii*.
» Lettre dcccxlix*.
« mour de rabjection. Qu'est-ce, en effet qu& le Sauveur ne « nous dit pas en se taisant? Son cœur pantelant d^amour dece vrait bien enflammer le nôtre... Votre nom, mande-t-il à <( une Religieuse S est écrit dans le fond de ce divin cœur qui « palpite là sur la paille par la passion affectueuse qu'il a de « votre avancement : il ne jette pas un seul soupir auquel « vous n'ayez part... Demeurons aux pieds de ce Sauveur, di- « sant avec Tépouse des Cantiques : J*ai trouvé celui que mon « cœur aime, je le tiens et ne veux point m'en séparer... L'en- « fant de la crëcbe ne dit mot, et son cœur plein de ferveur « pour les nôtres ne se manifeste que par des plaintes, des « larmes et de douces œillades ^ ; mais que ce silence me dit u de grandes choses I II m'apprend à faire la vraie oraison a mentale, il m'enseigne la ferveur amoureuse d'un cœur pïén u de douces pensées, de saintes affections, et qui a peur d'en c( perdre la suavité s'il les prononce. »
Ainsi le saint prélat parlait du mystère de Noël; il n'est pas moins touchant lorsqu'il parle du nom de Jésus : « Je « n'ai, écrivait-il le premier jour de l'an, que le temps de « vous écrire le grand mot de notre salut, Jésus. Prononcez- <c le du fond du cœur, ce nom sacré : il répandra en toutes les « puissances de votre àme un baume délicieux. Que nous se- (( rions heureux de n'avoir en l'entendement que Jésus^ en la <c mémoire que Jésus, en la volonté que Jésus, en l'ima^na- « tion que Jésus! Essayons-en, et prononçons-le souvent de « notre mieux. Plaise à ce divin enfant de tremper nos cœurs <( dans son sang et les parfumer de son saint nom, afin que « les bons désirs que nous avons conçus en soient tout émet pourprés et tout odorants ^ ! Baisons mille fois les pieds de « ce Sauveur et disons-lui : Mon cœur, ô mon Dieu, vous ap- « pelle, mon regard vous désire, je soupire après votre vi- (( sage ; c'est-à-dire, tenons unis à Jésus*Christ nos yeux pour
1 Lettre dcccl«.
2 Lettre dcccli*.
^ Lettre dccclviii«.