LIV. VIL — SA PRUDENCE
c< îatérét; vous ne sentez pas une contrition bien vive, effor- M cez-vous de la désirer et de la demander; vous ne pouvez « faire de grandes aumônes, donnez au moins un verre d'eau ; « vous ne pouvez souffrir des injures grossières, endurez un (' petit reproche sans murmure. Être mé|)risé, c'est une « épreuve supérieure à vos forces, souffrez une légère froi- « deur; on ne vous demande pas de sacrifier votre vie, mais « souffrez une légère incommodité, conservez la patience dans « un petit contre-temps. »
C'était encore un de ses principes que, dans la direction des âmes, il faut s'occuper beaucoup plus du cœur que de l'extérieur^ : « Ce donjon gagné, disait-il, le reste ne tient plus; a quand le feu est dans une maison, on jette tous les meubles '< par les fenêtres, et, de même, quand l'amour de Dieu pos- « sède un cœur, tout ce qui n'est pas Dieu lui semble peu de » chose. » Une dame de grande qualité, qui s'était placée sous sa direction, continuait, tout en se livrant à la piété et aux bonnes œuvres, d'avoir un brillant équipage, une mise toujours élégante, et de fréquenter les cercles de la haute société. Le monde voulut s'en scandaliser : le sage directeur la laissa faire, parce qu'en tout cela elle ne se proposait qu'un but légitime, qui était de plaire à son mari. On se plaignit qu'il lui laissât porter des pendants d'oreilles : « Je ne sais « pas même, répondit-il, si elle a des oreilles, car elle ne se « présente au tribunal que la tête couverte; et, d'ailleurs, la « sainte femme Rébecca, qui la valait bien, ne perdit rien de « sa sainteté pour porter les pendants d'oreilles que lui donna *i Éliézer de la part d'Isaac. — Mais, lui dit-on, elle a fait « mettre de ses diamants sur une croix d'or qu'elle porte, « c'est de la vanité. — Ce que vous appelez vanité, reprit-il, <( est ce qui m'édifie davantage : je voudrais que toutes les M croix du monde fussent couvertes de diamants et de pierres « précieuses : à quel meilleur usage peut-on employer ces
* Esprit de de saint François de Sales, X« part., sect. vu.
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« joyaux qu'à orner la croix M » Une autre dame usait de parfums et d*eau de senteur : « Dieu, lui écrivit-iP, me mil « Tautre jour en la pensée de vous dire qu*il fallait retrancher u ces odeurs ; mais je me retins, selon ma méthode, qui est « suave, de laisstr lieu aux mouvements que petit à petit les « exercices spirituels ont accoutumé de faire dans les âmes (( qui se consacrent entièrement à la divine honte. Mon esprit « est extrêmement ami de la simplicité; mais la serpe avec a laquelle on retranche ces inutiles rejetons, je la laisse ordi- (( nairement es mains de Dieu. »
II faudrait copier toutes ces lettres pour dire toute sa prudence dans la direction des âmes. C'est là qu'on voit avec quelle sainte adresse il approprie ses conseils et son langage à toutes les situations et à tous les caractères. Gomme il présente les préceptes de la piété sous des formes diverses, à la portée de chacun, mais d'une manière toujours aimable, qui gagne le cœur! Gomme il met le doigt sur toutes les plaies et y fait couler par sa parole un haume qui les guérit l Comme il ménage la faiblesse humaine sans la flatter I Gomme il la relève quand elle est ahattue, eu lui inspirant la confiance et Tamour, l'abandon à Dieu, l'obéissance au guide qui la conduitl Comme il l'encourage enfin et l'élève par degrés jusqu'aux plus sublimes vertus 1
Aussi tous ceux qui eurent avec lui des rapports de conscience sont-ils unanimes à célébrer sa prudence. « Un jour, « dit un prêtre de son diocèse, il prit la peine de m*instruire « sur la direction des âmes, et il m'en apprit plus en deux a heures que je n'en avais appris pendant deux ans dans a l'étude des cas de conscience'. » Le célèbre Père Cotton disait qu'il ne se tenait assuré du salut d'une âme qui croit marcher dans des voies extraordinaires, que quand il avait eu
* Esprit de saint François de Sales, III* part., sect. xux. — XVII* p., sect. II. « Lettre dccxxxviii*.
' Dép. de Daunant.