‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 230 sur 292 · LIV. VIL — SA PRUDENCE · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SA PRUDENCE

« avec une prudence toute céleste. » 11 pénétrait le fond des coeurs^ voyait clairement leur état ainsi que le principe qui les faisait agir, et leur traçait leur règle de conduite ^ Il discernait avec netteté ce qui était péché et ce qui ne Tétait pas, ce qu'on devait interdire et ce qui pouvait se tolérer, et faisait trouver à tous dans leur position la sainteté la plus émlnente sans rien exiger d'extraordinaire, appropriant la dévotion aux bienséances et aux agréments innocents de chaque état, et leur enseignant une liberté sainte qui ne s'écartait point des limites de la vertu, une sage condescendance qui n*était jamais aux dépens du devoir, une gaieté chrétienne qui s'unissait aux lois les plus austères de l'Ëvangile.

Il tenait à ce qu'on rendit la piété aimable, en la montrant au monde toujours douce et affable, toujours prête à faire plaisir, et vraie image de la bonté de Dieu sur la terre, toujours noble, forte et convenable à son rang. Une femme le consultait sur la résolution qu'elle voulait prendre de parler peu- « J'approuve le peu parler, lui répondit-il ^, pourvu que « ce peu que vous parlerez se fasse gracieusement et charic( tablement, et non point mélancoliquement ni artificieuse- « ment. Oui, parlez peu et doux, peu et bon, peu.et simple, « peu et rond, peu et aimable. » Il insistait surtout sur les devoirs d'état, et voulait qu'on fût bon ami, poli, officieux, complaisant jusqu'à dire des riens dans les récréations, quand c'était utile pour réjouir les autres. C'était ainsi qu'il prévenait le reproche fcdt à la dévotion d'être bizarre, désagréable et de mauvaise compagnie, en même temps qu'il le réfutait par sa propre conduite, lui, aussi aimable que pieux, aussi poli que modeste, aussi complaisant qu'exact, aussi ouvert que recueilli, et se faisant également aimer de Dieu et des hommes.

Un jour, une dame chrétienne, obligée par sa condition

î Esprit de saint François de Sales, X* part., sect. xix. s Lettre dccclxii*.

d'être à la cour, lui exposa la crainte qu'elle avait de perdre sa piété dans un milieu si contagieux : « Tant que vous tien- « drez bien ferme en votre âme, lui écrivait-iP, la résolution « d'être tout à Dieu, le Saint-Esprit suppléera par son assiste tance à ce que vous ne pourrez faire. Vous remplacerez vos « exercices par de fréquents et fervents élancements de cœur « vers Dieu, et les sermons par une dévote et attentive lec- « ture de bons livres. Être sujette et vivre en compagnie vous a donnera mille occasions de vous bien mortifier, de rompre (( votre volonté, ce qui n'est pas un petit moyen de perfec- « tion, si vous l'employez avec humilité et douceur de cœor. « Nulle compagnie, nulle sujétion, ne vous peut empêcher de (( parler souvent avec Notre-Seigneur^ ses anges et ses saints, « ni d'aller souvent par les rues de la Jérusalem céleste, ni «.d'écouter les sermons intérieurs de Jésus-Christ et de votre « bon ange, ni de communier tous les jours en esprit. Faites « tout cela avec gaieté de cœur. »

Dans la conduite des âmes, le saint directeur avait pour premier principe de respecter beaucoup Taction de l'esprit de Dieu dans les cœurs, de les conduire selon l'aspiration oa l'attrait de ce divin esprit, plutôt que selon ses vues particulières. Secondement, il ne demandait à ses pénitents, en fait de perfection, ni trop, ni trop tôt, ni trop à la fois, leur apprenant à voler peu à peu vers le ciel comme des colombes, quand ils ne pouvaient s'y élever comme des aigles, à suivre une voie commune quand ils n'étaient pas capables d*une voie plus parfaite. « Vous ne sauriez prendre l'essor de la « contemplation, leur disait-il, mais vous pouvez faire une « lecture accompagnée de quelques réflexions; votre santé « ne peut pas supporter le jeûne, mais elle peut soufifrir la o privation d'une friandise; vous ne pouvez quitter le monde, « mais vous pouvez ne point participer à son esprit; Tamour u pur vous étonne, aimez au moins par reconnaissance et par

1 Lettre cxxxiiv

Page 1