‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 233 sur 292 · LIV. VII. — SA SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SA SIMPLICITÉ

tance pour ne gêner en rien la liberté des communications. Pour troisième précaution, il laissait toujours ouverte ]a porte de Tappartement où il recevait les personnes du sexe, et encore n'avait-il garde deles y attirer. Il trouvait déplacé qu'un ecclésiastique recherchât la société des femmes, parce que, disait-il, quoiqu'on ne fasse pas de mal soi-même, on en fait faire aux autres parles soupçons qu'ils en conçoivent. Un jour qu'il avait donné cet avis à un jeune ecclésiastique, il le vit ensuite venir à Tévêché menant des dames par la main : <c Mesdames, leur « dit-il, après les avoir saluées, permettez que je dise un mot <x à monsieur. » Il mène en conséquence le jeune ecclésiastique dans son cabinet, tombe à genoux devant son crucifix ; et là, prenant le ton ferme : c( Jusques à quand, mon frère et mon « fils, lui dit-il, vous rendrez-vous le sang de mon Sauveur (c non seulement inutile, mais formidable par votre mauvais « exemple? Puisque je suis chargé de votre âme en ma qualité « d'évèque, il est juste que je paye pour vous. » Et aussitôt, dépouillant ses épaules, il se donne une rude discipline, pendant que l'ecclésiastique, prosterné à ses pieds, pleurait de repentir, en disant : « J'ai péché^ et mon Pasteur paye pour a moi ' 1 »

A ces mesures de prudence le saint évêque joignait un extérieur modeste qui respirait la pureté des anges ^ ; et après de telles précautions, il ne se préoccupait point de ces craintes qui troublent et qui, entretenant dans l'âme la pensée du mal, deviennent elles-mêmes une tentation. Ne voyant, dans toutes les personnes qu'il recevait, que des âmes à sauver, à consoler ou à soutenir, il y allait bonnement et simplement : car, s'il avait la prudence du serpent, il avait bien plus encore la simplicité de la colombe, qui revenait si bien à son âme droite et candide.

« Oui vraiment, écrivait-il à sainte Chantai ^, les pauvres « petites et blanches colombes sont bien plus agréablesque les

1 ManuêcritdelamèreFichet, * Dép, de Moccand, 3 Lettre cxxvr.

<c serpents, el, pour joindre les qualités de Tun avec celles de u l'autre, je ne voudrais nullement donner la simplicité de la « colombe au serpent, car il ne laisserait pas d'être serpent; « maisje voudrais donner la prudence duserpent àla colombe, « car elle ne laisserait pas d'être belle. Or. sus donc, donnons- « nous à cette sainte simplicité, ûlle de l'innocence et soeorde a la charité. Je ne sais, disait-il encore ^ , ce que m'a fait cette « pauvre vertu de prudence. Si je Taime, ce n est que par né- « cessité, parce qu'elle est le sel et le flambeau de la vie ; mais « la beauté de la simplicité me ravit, et je donnerais volontiers u cent serpents pour une colombe... Si la dose du serpent et « de la colombe était égale, je ne voudrais pas m*y fier, leser- « pent peut tuer la colombe, mais la colombe ne tuera jamais « le serpent... On me dit que, dans un siècle aussi rusé qoe <c le nôtre, il faut de la prudence pour ne pas se laisser surce prendre. Je ne blâme point cette maxime; mais un bon « chrétien aimera toujours mieux être enclume que marteau, « volé que voleur, meurtri que meurtrier, et martyr que « tyran. Grève la prudence du siècle I 11 vaut mieux être bon « et simple que rusé et malicieux. »

Si François de Sales aimait tant la simplicité, c'est qu'il la concevait autrement que ne la conçoit le monde. La simplicité, selon lui, n'était que la candeur du cœur qui va droit à la vérité, droit au devoir, droit h Dieu seul. Or rien ne convenait mieux à la trempe de son âme ^.

Ami de la vérité, il ne pouvait souffrir l'ombre de l'astuce et de la dissimulation, et il avait horreur de tromper le prucbain pour ramener à ses fins, même les plus légitimes. Il détestait tout mensonge et toute équivoque, et avait pour principe «que « la fidélité, la rondeur et la sincérité du langage étaient au

i Esprit de saint François de Sales, VIII* part., sect. xni. — X* part- • sect. XVIII. — XVI» part, sect. l. — XVIÏ* part., sect. v. — XVIir i»art. sect. xxiiL

2 Esprit de saint François de Sales, VI« part., sect xnr. — X» paru. sect. xviii.

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