LIV. VII. — SA SIMPLICITÉ
« des plus beaux ornements de la vie chrétienne ^ Aussi, re- (c marque un historien dans son naïf langage ^, oncques il ne c< s'humiliait qu'il n*en eût intérieurement le sentiment; onc- « ques il ne s'offrait à rendre service que ce ne fût de cœur. i< Les cérémonies des courtisans n'avaient point de crédit chez « lui, et il ne savait ce que c'était que l'eau bénite de cour. « Toutes ses paroles étaient rondes et naïves ; il procédait en « tout simplement et à la franche marguerite. » Une personne lui ayant écrit avec simplicité qu'elle avait eu une envie maligne contre une autre. « Votre lettre, lui répondit-iP, aem- « baume mon âme d'un si délicieux parfum, que de long- « temps je n'avais rien lu qui m'eût donné une si parfaite « consolation : c'est ainsi qu'il faut tout de bon mettre la « main dans les replis de nos cœurs pour en arracher les « productions de l'amour-propre. 0 Dieu I quel contentement « au cœur d'un père très aimant d'ouïr celui de sa fille *t très aimée protester qu'elle a été envieuse et maligne! c< que bienheureuse est cette envie, puisqu'elle a été suivie it d'une si naïve confession I Votre main, écrivant votre let- « tre, a fait un trait plus vaillant que ne fit jamais celle « d'Alexandre. »
« Un jour que le soleil était très ardent^ raconte l'évéque <c de Belley ^, j'arrivai chez lui tout abattu de chaleur; il me « demanda en riant si je voulais qu'on allumât du feu. — « Quoi! lui dis-je, voulez-vous achever de me rôtir? — Ah ! « répondit-il^ c'est que le feu réchauffe ceux qui ont froid et « rafraîchit ceux qui ont trop chaud. » Puis, après un instant de réflexion : « Voyez-vous, ajouta-t-il naïvement, je viens de <c faire une duplicité; car, me souvenant de vous avoir ouï i* dire que vous craigniez fort le froid et que vous n'aviez ja- « mais trop chaud, je voulais rire de l'excès de chaleur que
1 Esprit de saint François de Sales, II* part., sect. xxxv.
« Le P. la Rivière, p. 522.
» Esprit de saint François de Sales j XV II* part., sect. xxiii.
* Ibidem, VIII* part., sect. iv.
« vous avez souffert, et de ce que vous dites quelquefois qa il (( vaut mieux suer que trembler et que le feu est bon en loos « temps. Jugez combien ma pensée était différente de mare- « ponse. »
Un autre jour, Tévéque de Belley lui témoignait son éionnement de ce que le duc de Savoie ne l'employait pas comme diplomate auprès des cours étrangères, surtout en France, où saréputation de prudence, de probité et de piété était si grande: « Je trouve, au contraire, répondit-il, que le duc de Savoie, en « ne m'employant pas, fait preuve de sagesse et de jugement, « moi a qui les seuls mots de prudence humaine et de poli- « tique donnent de la frayeur. A vous parler franchement, je (( ne sais ni mentir, ni dissimuler, ni feindre adroitement, ce (( qui est le chef-d'œuvre de la politique et son ressort prin- « cipal. Je ne voudrais pas, pour tout l'empire, dire une parole « fausse; je parle à l'ancienne gauloise, simplement et de c( bonne foi; mes lèvres expriment toujours ma pensée '. ») Un jour il écrivait à une supérieure de communauté : « Prenez « conseil, lui dit-il avec une merveilleuse simplicité^; votre « sexe veut être conduit, et jamais en aucune enlreprise il ne « réussit que par la soumission, non que bien souvent il n*ail « autant de lumière que l'autre, mais parce que Dieu Ta ainsi « établi. »
Cette àme candide n'allait pas seulement droit à la vérité, sans détour ni dissimulation, sans arti6ce ni duplicité; elle allait encore droit au devoir sans aucun respect humain, sans penser si son action plairait ou déplairait aux hommes, sans autre vue entin que celle de Dieu. Ni plus ardent quand son aclion devait être applaudie, ni plus timide quand elle devait exciter des murmures, il n'avait d'yeux que pour son devoir, et ne faisait aucune attention à tout le reste. « Au:>si, remarque
1 Esprit de saint François de Sales, IV part., sect. x\xv. — XIII* p., sect XX. — XII« part., sect. xv.
2 Lettre dccxxii».