LIV. Vil. — SA SIMPLICITÉ
« sainte Chantai ^ rien n'était si simple que sa vie; point de « singularité ; rien de nature à provoquer Tadmiration de ceux <c qui ne regardent que les dehors. Il se tenait dans le train « commun, mais d'une manière si divine et si céleste, que <c rien en sa vie n^était plus admirable que cela même. Toute « la beauté de son àme était au dedans, en la perfection des « vertus que Dieu y avait divinement arrangées; et le lustre « principal de sa sainteté était en la manière non commune (i avec laquelle il faisait les actions les plus communes... »
« Pendant quatorze ans que j'ai été sous sa direction, ra- <c conte M. de Belley ^, et que je me suis étudié à remarquer « ses actions, jusqu'à ses moindres gestes, ses paroles et ses « enseignements, jamais je n'ai rien aperçu en lui qui ressen- « Ut tant soit peu la singularité. »
Non moins remarquable enfin dans la simplicité avec laquelle il allait en toutes choses droit à Dieu, il faisait tout par amour sans aucun regard sur soi ou sur la créature, sans autre désir que celui de plaire à Dieu qu'il aimait, sans autre prétention en ce monde que celle de lui être agréable : « Voyez, <« disait-iP, un tout petit enfant qui ne connaît encore que sa « mère : il n'a qu'un seul amour qui est pour sa mère, une c< seule prétention qui est le sein de sa mère; couché sur ce « sein bien-aimé, il ne veut autre chose. Ainsi l'âme qui a la « parfaite simplicité n'a qu'un amour, qui est pour Dieu, une 41 seule prétention, qui est de reposer sur la poitrine du Père « céleste, et là, comme un enfant d'amour, faire sa demeure^ « laissant entièrement tout le soin de soi-même à son bon « père, sans se mettre en peine de rien, sinon de se tenir en « cette sainte confiance : les désirs mêmes des vertus et des « grâces ne l'inquiètent point, non pas qu'elle néglige ce qu*elle « rencontre en son chemin, mais elle s'y applique sans s'em-
i Lettre de sainte Chantai à dom Jean de Saint-François. « Esprit de saint François de Sales, IV* part, sect. i et xvii. 3 Entretien XII*. — EspiHl de saint François de Sales, \l* part., sect. XIV.
<c presser à rechercher d'autres moyens de perfection que « ceux qu elle a sous la main. Elle ne se détourne ni à droite « ni à gauche, pour voir ce qu'on dit, ce qu'on pense ou ce « qu'on fait; elle suit simplement son chemin, fait ce qu'elle « juge devoir faire et n'y pense plus; elle se tient tranquille K en la confiance qu'elle a que Dieu sait son désir, qui est « de lui plaire, et cela suffit. » Or, dans ce portrait de la simplicité chrétienne, François s'est peint lui-même trait pour trait, et nous montre à nu sa belle âme. Il avait pour principe que la simplicité intérieure est uxie des meilleures dispositions pour faire progrès dans les vertus/ « Allons en simplicité, « disait-il, sans nous arrêter à considérer nos actions par le « menu. Dés que notre conscience nous rend témoignage que « nous ne voulons rien faire que pour le saint amour, mar- <c chons avec confiance, humilité et simplicité. Pour moi, je c< pense que nous nous tenons en la présence de Dieu, même « en dormant, quand nous nous endormons à sa vue, à son « gré et par sa volonté, et qu'il nous met sur le Ut comme des <( statues dans leur niche ; et quand nous nous éveillons, nous « trouvons qu'il est là près de nous, qu'il n'en a pas bougé, et « que nous nous sommes tenus en sa présence, quoique les « yeux clos et fermés. »
De cette simplicité du dedans naissait au dehors une manière d'agir et de vivre qui, dégagée de toute singularité, semblait n'avoir rien qui ne lui fût commun avec bien d'autres, à ce point que les esprits peu réfléchis ou peu instruits dans les choses spirituelles, qui n'appellent saint que ce qui est extraordinaire, se trompaient parfois sur le rare mérite de leur évéque. « Nous serions bien surpris, disaient un jour « entre eux certains chanoines de la cathédrale, si notre « évéque était un jour dans le catalogue des saints; il s'ac- « quitte bien, il est vrai, de tous ses devoirs; mais, après « tout, il vit comme les autres, il régale ses chanoines et les (( autres personnes splendidement; il va même se promener « en bateau pour se réjouir avec eux. Ces bons chanoines,
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« observe Monseigneur de Bernex, évêque d'Annecy, dont
« nous tenons cette remarque, jugeaient par Tapparence, ou-
*i bliant qu'en tout il se ménageait la sanctification de son
<c âme, et que sous cette écorce de vie commune il faisait
« toujours des amas de grâce et de sainteté. » Et de là Monseigneur de Bernex, digne interprète des sentiments du saint, concluait en exhortant les filles de la Visitation : « Point de
« singularité dans vos conduites; bannissez tout ce qui pour-
« rait vous faire donner là-dedans ; tout bon qu'il vous semble
« être, c*est, pour une fille de Sainte-Marie, un écueil dange-
« reux. Que Thumilité, la charité, la simplicité, caractères
« particuliers des filles de saint François de Sales, fassent
« reconnaître et soutiennent les exemples de tant de saintes
« Religieuses qui vous ont précédées dans ce même monas-
c< tère^ »
1 Annales du monastère de la Visitation de Rumilly, année 1704. Manuscrit possédé par M. CroisoUet, notaire à Riimilly.