LIV. VIL - SA MODESTIE
Par la modestie du corps il entendait la chasteté, cet ornement le plus précieux de Tâme chrétienne, ce fleuron le plus magnifique de la couronne sacerdotale, la chasteté qui, dans un corps de chair, nous fait vivre de la vie des anges^ et nous initie dès ici-bas à la pureté du ciel. Cette belle et aimable vertu faisait les délices de son cœur, et semblait resplendir en toute sa personne. Au témoignage de sainte Chantai \ son visage, son regard, son maintien, ses actions et ses paroles, tout en lui respirait un parfum de pureté, et portait comme un caractère d'innocence et de pudicité. Convaincu qu'il en était de la chasteté comme d'une belle glace que le moindre souffle peut ternir, comme d'une belle fleur qu'un rien peut flétrir, comme d'un beau cristal que le moindre choc peut briser, il veillait avec soin sur son cœur et sur ses sens pour en éloigner toute occasion de mal et se conserver parfaitement pur. Jamais, comme nous l'avons déjà observé ailleurs, il n'envisageait personne pour en discerner la beauté ou la laideur; il voyait sans regarder, selon son expression ; jamais il ne recevait les femmes que dans un appartement ouvert et soas les yeux d'un de ses ecclésiastiques, et encore ne leur parlait-il qu'avec une gravité douce, accompagnée d'une modestie qui les tenait dans un religieux respect; jamais enfin personne, même parmi ceux qui le fréquentèrent plus intimement, ne remarqua rien en lui qui pût laisser le moindre nuage sur sa vertu ; et le dedans était encore plus parfait que les dehors, puisqu'il put faire à sainte Chantai, sous le sceau du secret, cette confidence intime, que le ciel lui avait accordé la grâce de conserver dans toute sa pureté la fleur de la virginité. Aussi jouit-il toute sa vie d'une réputation universelle d'homme parfaitement chaste, innocent et vierge; et en aucun temps, selon le dire des témoins appelés à déposer dans le procès de sa béatification, cette belle réputation ne fut entachée d'aucune ombre ; ses ennemis, qui l'accusèrent
i Dép, de sainte Chantai, art. 29.
si souvent sur d'autres matières, furent forcés au silence sur ce point : témoignage authentique devant lequel doit s'effacer la fable inventée par quelques historiens modernes, qui supposent le saint évéque accusé injustement en fait de mœurs et demeurant plusieurs années sous le coup de cette accusation.
La modestie du corps était sauvegardée en lui par la modestie du maintien : rien n'était parfait comme son port ; il tenait toujours la tète droite^ évitant également la légèreté qui la tourne en tous sens, la négligence qui la penche en avant, et l'humeur fière et hautaine qui la lève en arrière; son visage était toujours tranquille, dégagé de toute gène et de toute contrainte, toujours empreint d'un air de bonté, de douceur et de piété qui gagnait le cœur et le portait à Dieu, toujours gai, serein et ouvert, sans cependant aucun enjouement ou badinage indiscret, sans rires bruyants, immodérés ou trop fréquents ; son regard était toujours doux et respectueux, modeste et retenu, sans jamais se li\Ter à ces libertés de voir qui, promenant en tous sens la curiosité, dissipent l'esprit et le cœur; sa démarche, ni lente ni précipitée, ni légère ni grave plus qu'il ne fallait, était toujours en rapport avec la sainteté de son état; toute sa contenance enfin était noble et sainte, majestueuse sans prétention, naturelle sans mollesse ni lâcheté; jamais une manière d'être ou de faire qui ne fût dans l'ordre ou qu'on pût dire inspirée par l'amour de ses aises, jusque-là, comme nous l'avons déjà observé ailleurs, qu'on l'a vu souffrir les piqûres des mouches et des taons qui, enfonçant leur aiguillon dans sa tète ou sur son visage, en faisaient sortir le sang, sans qu'il fit un mouvement ou un geste pour les éloigner*. C'était dans tout son port une égalité de maintien sans contrainte et toujours digne, soutenue constamment par la vénération profonde que lui inspirait la présence de Dieu en tous lieux, aussi bien que la sain-
1 Dép. de Lesmonlex — Dép. de sainte Chantât, art. 28.