LIV. VU. — SA MODESTIE
teté de son caractère épiscopal; et il n*estimait pas qu'il y eût d'autre moment que le sommeil pour se reposer de la noble fatigue que demande le respect de Dieu et de soi. C'est ce que nous apprend une pieuse curiosité deFévéque de Belley, laquelle fut sans doute en soi une indiscrétion blâmable, mais qui est devenue par le fait une révélation édifiante.
« Quand il venait me voir en ma résidence, raconte M. Ca- « mus *, je prenais plaisir à le regarder par des trous que j'a- « Y8u$ faits à dessein en certains endroits des portes et du a plancher, pour le considérer seul, retiré dans sa chambre, « et voir de quelle façon il se comportait en l'étude, en la « prière, en la lecture, en la méditation, en s'asseyant, en « marchant, en se couchant, en se levant, en écrivant; bref « aux plus menues contenances dans lesquelles on se licencie « souvent quand on est seul. Néanmoins je ne Tai jamais re- « marqué se dispenser de la plus exacte loi de la modestie : « tel seul qu*en compagnie, tel en compagnie que seul, il « avait une égalité de maintien corporel semblable à celle de « son cœur. Je n'ai jamais aperçu en lui aucun mouvement c( extraordinaire des yeux, ni des mains, ni de la tète ; il était ft toujours dans son assiette accoutumée, par un effet de «< l'exercice de la présence de Dieu, qu'il recommandait à <c toutes les âmes qui étaient sous sa conduite. Étant seul, il a était aussi composé qu'en une grande assemblée. S'il fai- « sait quelques prières, vous eussiez dit qu'il était en la pré- « sence des anges et de tous les bienheureux, immobile comme « une colonne et dans une contenance toute respectueuse ; « j'ai même pris garde, le voyant seul, s'il ne croisait pas les « jambes, ou s'il ne mettait pas les genoux l'un sur l'autre, « s'il n'appuierait point sa tète de son coude : jamais; toutt jours une gravité accompagnée d'une telle douceur, qu'il a remplisait ceux qui le regardaient d'amour et de res- « pect. »
1 Esprit de saint François de Salesj IV* part., sect. i.
Autant le saint prélat était modeste dans le maintien, autant il l'était dans le parler. Il avait un ton de voix toujours modéré, ni trop élevé ni trop abaissé, tel qu'il le fallait pour être bien entendu, toujours plein de dignité et à la fois de simplicité, sans être jamais ni brusque, ni impérieux, ni magistral; toujours bon, doux et bienséant sans être doucereux, ni timide, ni gêné. U aimait mieux écouter les autres que parler lui-même ; mais cependant il parlait à propos, évitant également, comme deux excès, le trop parler qui prive les autres du plaisir de dire leurs pensées, et le parler trop peu qui leur laisse la fatigue de la conversation et dénote une insouciance blessante pour ce qu'ils disent. Jamais, jetant sa parole à la traverse, il n'interrompait celui qui parlait ni ne prévenait par une réponse précipitée celui qui interrogeait : jamais, dans les discussions qui s'élevaient en sa présence, il ne se hâtait de dire son avis, comme s'il se fût estimé plus sage que les autres : il laissait parler ses interlocuteurs tout à leur aise, attendait patiemment son tour; et alors, dans un langage toujours doux et retenu, toujours calme et modeste, toujours convenable, édifiant et charitable, il parlait sans empressement, émettait sa pensée avec simplicité, disait des choses aimables avec dignité, et trouvait dans les choses même indiffé* rentes des aperçus chrétiens qui portaient à Dieu. S'il s*agissait de choses douteuses, il les énonçait dans les termes du doute» sans prendre le ton décisif et tranchant; et, si l'on voulait ensuite contester et disputer, il s'abstenait de soutenir la querelle, aimant mieux, comme celui dont parle saint Grégoire de Nazianze, se laisser vaincre en cédant avec douceur que de l'emporter en disputant avec opiniâtreté.
A la modestie dans le parler il joignait la modestie dans les vêtements. Regardant la propreté et l'ordre comme une vertu, la malpropreté et le désordre comme un vice, il ne souffrait point que ses habits fussent sales, tachés ou déchirés; il les voulait toujours propres et bien agencés sur sa personne. D'im autre côté, regardant comme un vice plus grand encore le