LIV. VII. — SON HUMILITÉ
unique de tout ce qui est bien ; T que nous ne devons point rechercher Testime et la louange, choses qui appartiennent à Dieu seul; les vouloir pour nous, ce serait vouloir Tinjustice et le mensonge; 3** que nous devons aimer lobscurité, les humiliations et les mépris, parce que telle est la condition due au néant et au péché, condition que Jésus-Christ a subie le premier et que nous devons subir à son exemple. De là, par conséquent, ce saint prélat déduisait la mort de l'orgueil, la ruine de Tamour-propre, de Tambition, des prétentions et des susceptibilités qui font tant de mal dans le monde. De là enfin il inférait la nécessité absolue de Thumilité pour le salut. £coutons-ie exposer lui-même ces importantes vérités : « Ce- « lui qui fait provision de vertu sans humilité, dit-il ^ estsem- « blable à celui qui porte en ses mains delà poudre au vent... « L*hu milité morale s'arrête à la connaissance de sa misère et « de sa pauvreté; Thumilité chrétienne va jusqu*à Tamour de tt cette pauvre et chétive condition , jusqu^au contentement « de n'être rien et de n'être compté pour rien, par respect pour « la vérité et pour les humiliations du Verbe incamé. Les « actes extérieurs d'humilité ne sont pas l'humilité; mais ce- « pendant ils lui sont très utiles : ils sont l'écorce de la vertu, <( ils en conservent le fruit ^. » Cette doctrine de saint François de Sfliles n'est que l'histoire de sa vie.
Plein de ces humbles sentiments qui conviennent si bien a notre pauvre humanité, il ne se laissait point séduire par l'amour-propre. Ni la gremde noblesse de sa maison, ni ses rares qualités, ni les dons naturels et surnaturels que Dieu avait mis en lui, ni sa dignité épiscopale, jointe à tant de doctrine et de science, ni l'estime et la vénération dont il était entouré, rien ne pouvait enfler son cœur ou en altérer la modes Ue. « On m'appelle, dit-il un jour^, à l'occasion d'une
' Le P. la Rivière, 47» maxime, p. 570. ' Lettre Lxxxiv*.
* E$prit de saint François de Sales, — Dép. de sainte Chantai, art. 30, p. 93.
« lettre pleine d*éIoges qu*un Religieux lui avait adressée, od « m'appelle une fleur et un phénix ; mais, en vérité, je ne sois « qu'un homme vil, le plus vrai néant de tous les néants, la c< fleur de la misère humaine ; et je suis affligé que ce bon Père « n'occupe pas son esprit de quelque chose de meilleur. On « vante le bien que font mes prédications et mes écrits ; mais, « hélas I je suis comme un écuyer tranchant qui distribue tout « aux autres et ne prend rien pour lui, comme un luth qui est « sourd à ses propres sons, comme Téchelle qui fait monter les « autres là où elle ne va pas elle-même, comme les enseigne « qui invitent le passant à entrer pour faire bonne chère, tan- « dis qu'elles passent la nuit au froid et à la pluie. Et puis, u quand je suis en chaire, ajoutait-il, en faisant allusion à sa « prononciation, qui avait quelque chose de lent et de pesant, il j'ai peine à trouver mes mots, je suis plus lourd cfu'une « souche, je sue beaucoup et n'avance guère, je tratne comme « une tortue * , »
Aussi, quand les flatteurs venaient l'encenser de leurs éloges, il leur imposait silence : « Messieurs, leur disait-il, Fran- « çois de Sales est un pauvre homme qui se connaît mieai (( que vous ne le connaissez : Dieu sait ce que je suis. » Et, un jour qu'on lui rapportait qu'un certain prélat ne cessait de dire du bien de lui : « Ce bon seigneur, répondil->il, me a ferait bien plaisir de me laisser comme je suis; je me con- « nais, ma conscience et mon confesseur sont deux témoins « irréprochables de mes misères ^. » Un jour, madame de Chantai elle-même lui ayant écrit quelques paroles d'estime, il lui répondit le lendemain : « Hier, après avoir lu votre Ict- « tre, je me promenai deux tours, les yeux pleins de larmes « de voir ce que je suis et ce que l'on m'estime. Je ne sois « que vanité. Non, je ne m'estime pas autant que vous m'es- (( timez. Cette estime vous contente beaucoup; c'est là,
1 Quel est le meilleur gouvememenl? par le P. Binet, p. 189 et suiv. « EspHt de saint François de Sales.