‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 243 sur 292 · LIV. VIL — SON HUMIUTÉ · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SON HUMIUTÉ

M ma flUe, une idole. Je voudrais que vous me connussiez « bien : vous ne laisseriez pas d^avoir une absolue confiance « en moi, mais vous ne m'estimeriez guère. Vous diriez : « Voilà un jonc sur lequel Dieu veut que je m'appuie; je suis « bien assurée que Dieu le veut; mais le jonc ne vaut pour- « tant rien. » Son bumilité se montra plus sévère encore envers M. de Belley, lorsque celui-ci, prêchant devant lui, à Annecy, se permit de lui redire Tallusion d*assez mauvais goôt qu'avait faite autrefois à son nom de Sales Tévéque de Saluées : « Sales, vous êtes le sel dont toute la masse de ce « peuple est assaisonné, selon ce que dit le Sauveur à ses a apôtres : Vous êtes le sel de la terre. » Cet éloge blessa François au vif, tellement qu au retour il en reprit sévèrement le prédicateur : « Vous alliez si bien, lui dit-il, vous marchiez c< si droit I qu'est-ce qui vous a fait faire ce faux pas? Vous « avez tout gâté, et il ne faut que ce seul mot pour faire perce dre l'effet de tout votre sermon. Ne savez-vous pas qu'on « ne doit louer les hommes qu'après leur mort? Je suis vraia ment un beau sel, un sel affadi et gâté qui n'est bon qu'à « être jeté et foulé aux pieds. Certes, si vous avez dit cela « pour me donner de la confusion, vous avez trouvé le vrai « moyen. Épargnez du moins vos amis^ »

« Mon père, lui dit un jour l'évéque de Belley en parlant « de son passage si hardi à travers la ville de Genève en 1610, <c si les Genevois vous eussent assommé, votre pis aller eût « été votre mieux : d'un confesseur ils eussent fait un mart3rr. <c — Et que savez-vous, reprit François, si Dieu m'eût donné «( la constance nécessaire pour conquérir une telle couronne? <i — Assurément, mon père, vous aimeriez mieux souffrir a mille fois la mort que de renoncer à la foi? — Je sais bien c< ce que j'eusse dû faire; mais l'auraîs-je fait? Saint Pierre « était bien tout aussi résolu que moi, vous savez néanmoins « ce qu'il fit. Bienheureux qui se défie de sa propre faiblesse

* £spiHl de saint François de SaleSy II* part., sect. xii.

« et ne se confie qu'en Dieu : nous pouvons tout quand il nous « fortifie; sans lui, rien ^ »

Les humbles sentiments que François avait de lui-même ressortaient encore mieux lorsqu'il voyait l'estime singulière dont tout le monde l'entourait. Un auteur lui fit un jour hommage de poésies qu'il avait composées. » Je ne pensais pas, « lui répondit- il ^, que vous sussiez que je fusse au monde, où « étant de vrai si peu de chose, confiné en ce recoin de nos « montagnes, je me tiens pour invisible; mais, comme les « grandes lumières découvrent les atomes, je conçois que « vous avez pu me voir. » — « Voyez-vous, disait-il un autre « jour qu'il avait reçu de grands éloges, ces personnes» avec « leurs louanges et leur estime, me feront recueillir à la fin « un fruit bien amer de leur amitié. Quand je serai mort, « on ne priera point pour mon âme, qu'on s'imaginera être « allée tout droit en paradis, et ce sera cause que je souflTrîrai « longtemps en purgatoire : voilà tout ce qui me reviendra de « cette réputation^. » Chose étonnante ! ce saint évêqae craignait parfois un châtiment plus terrible encore que le purgatoire : il tremblait d'être trouvé digne de l'enfer au tribunal de la justice divine ; et lui, qui avait fait un si digne usage de toute sa vie, écrivait à sainte Chantai : « Hélas! quand je « pense comme j*ai employé tous les moments de mon exis- « tence en ce monde, je suis bien en peine si Dieu voudra me « donner son éternité bienheureuse, puisqu'il ne la vent don- « ner qu'à ceux qui auront bien usé du temps'*. Je frissonne a quand je fais réflexion au fardeau qui pèse sur mes épaules, « et ne puis m'éto'nner assez que Dieu me l'ait imposé, tandis u qu'il y a de toutes parts tant de sujets plus dignes que moi « de cet honneur*. »

1 Esprit de saint François de Sales, V* part., secl. xiv. 8 Lettre dccxlv*.

' Esprit de saint François de Sales, IV part., sect. xiii. -- Xn^part-, sect. XXIX.

* Lettre dcccliv*.

6 Esprit de saint François de Sales, VIII» part., sect. v.

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