UV. VII. — SA MORTIFICATION
reprochait, tantôt qu'il aimait à être nourri comme les pauvres; tantôt qu'il avait un estomac rustique qui préférait les viandes les plus communes \ Jamais on ne servait sur sa table de mets recherchés et délicats, à moins qu'il n'y eût des étrangers; et si alors on lui en présentait, ou il les faisait passer discrètement à ceux qui étaient près de lui» ou il les laissait sur son assiette, pour être envoyés à quelques malades qui demandaient ses restes, les uns par besoin, les autres, en plus grand nombre, par un sentiment de dévotion. S'il était en visites pastorales, il défendait aux curés et aux monastères de lui servir rien d'extraordinaire, disant que, quelque peu qu on lui donnât, c'était encore trop, et qu'il ne voulait pas qu'on se mit en dépense pour lui ^. S'il était à la table des riches, il se privait le plus qu'il le pouvait, sans faire paraître sa mortification.
« Un jour, dit M. de Belley, que je lui avais servi à ma ta- « ble un morceau fort délicat, je m'aperçus qu'il le mettait <« adroitement dans un coin de son assiette, pour en manger « un plus grossier. — Je vous surprends sur le fait, lui dis-je. « Et où est le précepte : Mangez ce qu'on vous servira? — « Vous ne savez donc pas, me répondit-il, que j'ai un esto- » mac de paysan qui a besoin de viandes solides ; vos mets « délicats ne le soutiendraient pas. — Mon père, repris-je, ce » sont là de vos défaites, c'est par de telles ruses que vous ca- « chez votre mortification. — Certes, s'écria-t-il, je n'y en- (« tends aucune finesse, et je vous parle en toute sincérité. Je « conviens que mon appétit trouve plus de goût aux mets dé- « licats; mais, comme on est à table pour se nourrir et non « pour satisfaire la gourmandise; comme on ne doit manger « que pour vivre, je prends ce que je sais me nourrir mieux. « Ce serait vivre pour manger que de choisir sa nourriture « d*après le goût des mets et des sauces. Néanmoins, pour
^ Dép, de sainte Chantai, art. 28.
* Dép, de Passis,