‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 256 sur 292 · LIV. VU. — SA MORTinCATION · texte numérisé non relu

LIV. VU. — SA MORTinCATION

François s'abstenait également de ses jeûnes volontaires quamd il voyait que sa santé pouvait en souffrir : « Car, di* <( sait-il, il est dans Tordre de Dieu que nous traitions nos « corps selon leurs infirmités, que nous les ménagions comme ti de pauvres malades, avec charité et patience; et cet exerce cice n*est pas le moins méritoire, parce qu'il mortifie le « cœur et le courage. Si l'accomplissement de nos devoirs « nous procure quelque maladie ou abrège nos jours, il faut « en bénir Dieu et le souffrir de bonne grâce, mais, à cela €« près, le respect pour la Providence et la charité pour nous- <c mêmes nous obligent à nous abstenir des pénitences qui « ruinent la santé, parce que, comme c'est une délicatesse qui « ressent la femme, d'être trop tendre sur sa santé, ce serait m aussi une fierté qui ressentirait la barbarie de la mépriser « tout àfait... Comme l'esprit ne peut supporter le corps quand « il est trop gras, le corps ne peut supporter l'esprit quand il « est trop maigre : il faut traiter le corps comme son enfant, « le corriger sans l'assommer. »

« Un jour, dit M. de Belley, voyant que je jeûnais souvent, (i il me demanda si le jeûne me fatiguait beaucoup; je lui « répondis que je n'avais presque jamais appétit, et que, a quand je me meltais à table, c'était presque toujours sans « envie de manger. — Ne jeûnez donc guère, me dit-il. — u Et pourquoi, mon père? le jeûne est tant recommandé dans u l'Écriture I — Oui, dit-il, mais à ceux qui ont meilleur appé- « tit que vous. Faites quelque autre bonne œuvre et mortifiez « votre corps autrement ^ » Ce fut conformément à ces maximes qu'averti, quelque temps avant sa mort, par l'affaiblissement de son estomac et la diminution de ses forces, de la nécessité de se relâcher de ses austérités, il se plia à ce qu'exigeait sa santé.

Indifférent, du reste, à toute espèce de nourriture , jamais il n'y trouvait à redire, quelle qu'elle fût, et de quelque ma-

> Esprit de saint François de Sales, W'pSLri.^scci. ix.

nière qu*elle fût apprêtée; tout était à son goût, soit froid, soit chaud, soit salé, soit insipide; il mangeait ce qu'on loi présentait, sans faire jamais la moindre remarque, et il recommandait aux autres la même pratique, disant qu'on doit avoir grand respect pour la parole de Notre-Seigneur : Mangez ce qu'on vous sert; que manger indifféremment de tout sans aucun choix est la meilleure mortifîcation ; que par là on a Tavantage de cacher aux hommes son austérité, et que cependant ce n'en est pas une petite de s'accommoder de ce qu'on n'aime pas et de se refuser ce qu'on désire *. Un jour, on lai servit un plat d*œufs pochés nageant dans Teau : il continua, après avoir mangé les œufs, de tremper son pain dans le plat où il ne restait plus que de l'eau, et quand on lui en fit la remarque : « Vous avez eu grand tort, répondit-il, de me (( découvrir mon erreur : car, grâce à mon appétit, je n'ai « guère mangé de sauce avec plus de goût que celle-ci; tant « est vrai le proverbe : il n'est sauce que d'appétit *. » Un autre jour, on lui servit par mégarde un œuf tout pourri : iJ le mangea sans en rien dire; et quand on lui témoigna sa peine de la méprise : « Nous en avons si souvent mangé de a bons, répondit-il doucement; pourquoi n'en mangerionst< nous pas de mauvais, si Dieu permet qu'ils nous soient « présentés ' ? Ne pas prendre ce qu'on vous sert, disait-iJ, et « faire choix des mets, c'est montrer un esprit attentif aux « plate et aux sauces ; manger ce qui est bon sans s'y corn- « plaire, ce qui est mauvais sans en témoigner d'aversion, et « se montrer aussi indifférent en Tun qu'en l'autre, voilà la <c vraie mortification. »

Il ne buvait que peu de vin, encore le mélangeait-il de beaucoup d*eau; et il ne mangeait habituellement que des viandes grossières, donnant pour raison, quand on le loi

1 Esprit de saint François de Sales, 1V« paît., sect. xviii. — XVI* part., sect. xxviï.

s Jbid., IV* part., sect. xix.

3 Dép, de la mère de Chaugy.

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