LIV. VIL — SA MORTIFICATION. S
« tait de lui-même. » Si quelquefois il allait se promener dans la campagne pour raison de santé, il utilisait sa promenade en conversant avec les paysans qu'il rencontrait, entrant dans leurs cabanes et recevant d'un air content ce que lui offrait leur simplicité hospitalière.
Souvent il prenait la discipline jusqu'au sang S estimant que ce n'était pas acheter trop cher à ce prix la chasteté, n cette vertu noble, disait-il, qui tient nos âmes blanches « comme les lis, pures comme le soleil, qui consacre nos « corps, nous donne la facilité d'être tout à Dieu^ et nous ^er- <( met de dire à Notre-Seigneur : Mon cœur et ma chair tresse saillent de joie en votre bonté, pour laquelle je renonce à « tout autre plaisir. » Mais il avait grand soin de tenir cette mortification secrète, choisissant, pour frapper ainsi durement son corps, le temps de la nuit où il croyait n'être pas entendu, et cachant si bien sa discipline pendant le jour, qu'on ne la découvrit qu'après sa mort. Le valet de chambre lui-même n'en eut que le soupçon, fondé sur un reste d'eau rougeàtre et teinte de sang qu'il trouva au fond de l'aiguière de son maître, qui y avait lavé l'instrument tout sanglant'.
Cette mortification, tout austère qu'elle parait, le cédait cependant à une autre qu'il s'était imposée, et qui consistait à tenir constamment tout son extérieur dans cette modestie, eette décence, cette honnêteté si parfaites dont nous avons parlé précédemment; elle le cédait surtout à sa mortification intérieure, vrai mart3nre par lequel il immolait en lui tout l'homme à Dieu. Il plaçait au-dessus de tout dans son estime cette dernière mortification qui renferme le sacrifice de l'esprit et du jugement, de la volonté et de l'amour-propre; et il avait coutume de dire qu'une once de celle-ci vaut mieux que plusieurs livres de celle-là ^. Une sœur de la Visitation
* Dép. de sainte Chantai, art. 28, p. 77. 2 E^trit de saint François de Sales, IV* part., sect. xxi. ' Ibidem, XV* part., sect. x. — XVII«part., sect. xxiv. — X« p., sect. i. ~ XVUI* part., sect. viii.
voulait faire beaucoup de mortifications corporelles : « Gon- « tentez-vous, lui dit-il, des mortifications attachées à Tob- « servance ponctuelle de la règle : le démon ne demande pas (( mieux que d'accabler le corps pour le rendre inhabile aux « exercices réguliers; il y a de la présomption à aspirer à la u perfection par une autre voie que ses compagnes : la divine <( Providence vous fournira bien assez d'occasions de vous « mortifier si vous êtes fidèle à les embrasser; soyez seulece ment prompte à sui vreles mouvements de l'esprit de Dieu * . » C'était là aussi à quoi il s'appliquait lui-même.
11 mortifiait son esprit en lui interdisant toutes les yaines imaginations, toutes les pensées inutiles ou étrangères qui font perdre le temps, dissipent Pâme, dégoûtent du travail et des choses sérieuses, exposent la vertu et deviennent la source de mille distractions dans la prière, comme de mille tentations dans le service de Dieu ; et ce que nous avons dit de son recueillement habituel en est \ine preuve frappante.
Il mortifiait son jugement en évitant Tentétement dans ses idées, l'opiniâtreté dans ses sentiments. C'était une chose remarquable que toujours il préférait le jugement des autres au sien, à moins qu'il ne s'agit de matières où il devait, comme évéque, se prononcer et parler, car alors il prenait le parti qu'il estimait le meilleur; et, ferme ensuite, inébranlable comme une colonne, il ne savait pas, céder.
11 mortifiait sa volonté en se pliant constamment à ce qu'il jugeait être le bon plaisir de Dieu et l'ordre de la Providence. sans tenir aucun compte de ses goûts ni de ses répugnances, ni de ses désirs ni de ses aversions. Il recevait chaque jour un grand nombre de lettres, dont quelques-unes étaient de douze à quinze pages, souvent très difficiles à lire; il s'assujettissait à répondre à tout, et, quand on lui disait qu'il se donnait trop de peine : «Qu'importe? répondait-il; pendant queje fais cela,
1 Vie de la mère Anne-Marguerile Clément,