LIV. VII. — SA MORTIFICATION
« je ne suis pas obligé de faire autre chose ^ » Toute sa vie, remarque un auteur contemporain ^, n'était qu'un exercice continuel d'obéissance : il se conformait avec empressement aux moindres désirs de ses supérieurs, qui étaient, dans Tordre ecclésiastique, le Pape, le nonce de Turin, l'archevêque de Vienne, son métropolitain; et, dans Tordre civil, le duc de Savoie. Il condescendait, avec une déférence plus touchante encore, aux volontés non seulement de ses égaux les évéques, avec lesquels il se trouvait en rapport, mais même de ses inférieurs et de ses domestiques, toutes les fois que le devoir et la prudence le permettaient. C'était chose merveilleuse devoir comment il se laissait conduire par ces derniers dans les choses indifférentes. « Tous les jours, écrivait-il à sainte Chanu tal ^, j'apprends à ne point faire ma volonté et à faire ce « que je ne veux pas... » Et c'était dans cette immolation continuelle de sa volonté propre, dans ce renoncement aux désirs même les plus naturels, que le saint évêque plaçait toute la vertu : « Peu importe au démon, écrivait-il à une de « ses pénitentes^, que vous déchiriez votre corps, pourvu que « vous fassiez votre propre volonté; il ne craint pas Tausté- « rite, mais l'obéissance ; aucune austérité ne vaut ]e sacrifice « de votre volonté toujours soumise et continuellement obéis- « santé... Oh ! que de jeûneurs et de jeûneuses se sont perdus ! « mais d'obéissants, pas un et pas une. Le misérable Pharisien c( jeûnait deux fois la semaine et péril; le Publicain n'avait « point jeûné et fut justifié' : l'obéissance est tout devant « Dieu... Ne désirez donc point être autre chose que ce que « vous êtes : de quoi sert de bâtir des châteaux en Espagne,
» Dom Jean de Saint-François, p. 492.
2 Le P. la Rivière, p. 430 et suiv.
3 Lettre Dccvn*. — EspHt de saint François de Sales, part. III , sect. XLvn.
* Lettre cdxcvhi'. — Esprit de saint François de Sales, XVII" part., sect. vni.
i» Le P. la Rivière, p. 581.
« puisqu'il vous faut habiter en France ^?... Pour moi, je ne « sais que ]e refrain du cantique de l'Agneau; quelques-uns (c peuvent le trouver un peu triste, mais qn^il est harmonieux « et doux au cœur! Mon Père, quHl me soii fait, non comme « je veuXf mais comme vous voulez. Oh ! qu'à jamais nos cœurs n soient unis au sien et nos volontés à son bon plaisir ^! »
Plus fidèle encore à mortifier ses inclinations et son caractère, il regardait ce point comme le cachet de la vraie vertu, et avait coutume de dire que, sans la mortification qui change le caractère^ plie les inclinations, « on peut être fort dévot et « fort méchant : fort dévot si on prie beaucoup, si on fait (c des exercices de piété, si on a la foi, la miséricorde, la « patience; et fort méchant si, avec tout cela, on a de « Torgueil, de Tenvie, de la haine et autres vices sem- (( blables. »
Enfin il ne mortifiait pas moins énergiquement cet amourpropre qui porte à se rechercher soi-même en tontes choses, et à fuir tout ce qui gêne, à satisfaire ses goûts et k reculer devant ses répugnances. Il nous apprend lui-même qu'il fil une guerre continuelle aux penchants déréglés de son cœur, et à ses vivacités naturelles, jusqu'à ce qu'il en fût venu à bout « Il est, disait-il avec sa candeur ingénue, deux passions qm « m'ont beaucoup coûté à détruire, savoir : Tamour et la cote 1ère. » Il triompha de l'amour en lui donnant le change et l'appliquant tout entier à Dieu ; il triompha de la colère en ^ nant son cœur à deux mains, comme il le disait quelquefois, pour contenir l'impétuosité de son humeur ^, et ce fut là ce qui lui valut tant de grâces, conformément à sa parole chérie, que (( celui qui mortifie davantage ses inclinations naturelle <c attire davantage les inspirations surnaturelles ^ ». « Long-
*. Lettre dcci.xxx". — Esprit de saint François de Sales^ XY« part.. sect. XXV.
3 Ibid., XVIII* part., sect. vu.
3 JbhL, V® part., soct. xxix.
* Ibid. y X'^ part.,' sect. i.