LIV. VII. — LETTRE DU CLERGÉ DE FRANCE
à la vénération du monde chrétien les yertus de ce grand homme, on ne peut pas dire qu'il y ait de la témérité dans notre demande, ou de la précipitation dans notre culte. C'est notre frère, dont une grande partie de la vie s'est passée sous nos yeux\ Nous l'avons vu exceller en piété, en douceur, en sainteté; les peuples révèrent en lui ces qualités éminentes qui lui gagnaient les cœurs, ou plutôt qui les gagnaient à Jésus- Christ. Le témoignage sincère que nous en rendons à Votre Sainteté est un devoir que la charité nous impose. Pourrions-nous en rejeter Taccomplissemeni sans sacrilège, ou le différer sans manquer à la piété?
V. Oui, nous TavoDS vu, ce vénérable évèque, aussi petit à ses propres yeux par son humilité, qu*il était grand par sa dignité aux yeux de Tunivers; nous l'avons vu allier en sa personne une affabilité charmante à un rare savoir, et une admirable modestie à une éloquence sublime ; il ne fallait que le voir pour être porté à la vertu; il ne fallait que Tentendre pour être embrasé du divin amour.
VL Toutes les fois qu'il montait en chdre pour annoncer la parole de Dieu (ce qu'il a fait très souvent et en plusieurs endroits, surtout à Paris), on voyait un concours d'auditeurs si prodigieux, que les plus grandes églises ne pouvaient les contenir, et ils étaient pour la plupart si touchés, qu'ils fondaient en larmes, détestaient les désordres ou la tiédeur de leur vie passée, et y renonçaient sans délai. Tel était l'effet ordinaire de ses sermons. Aussi était-il partout en si grande réputation, qu'on s'empressait de venir des pays les plus éloignés pour l'entendre, et quelquefois même uniquement pour le voir.
Vn. Il traita toujours durement son corps, et n'usa jamais de ménagement à son égard, malgré ses souffrances continuelles; en sorte que, quoiqu'il succombât souvent sous le poids des fatigues, il n'interrompait point pour cela ses laborieuses occupations ; et il était au comble de la joie quand la multitude de ses saintes œuvres, ne lui laissant pas un moment de repos, lui fournissait sans cesse les occasions de faire une ample moisson de mérites.
VIII. Lorsque enfin il eut terminé ses jours à Lyon , et que la nouvelle d'une si grande perte se fut répandue dans toute la France, elle y excita des regrets si vifs et si universels, qu'il n'y eut personne, pour peu que ce fût un cœur sensible à la piété, qui ne gémit, comme
s'il eût perdu son propre père, non que Ton fût jaloux du bonheur de l'homme de Dieu, que tous regardaient comme un bienheoreoi; mais parce qu'on se voyait privé de celui dont on avait éprouTé, en tant d'occasions, la charité compatissante et secourable, et qn'oo ne pouvait point encore implorer publiquement son intercession auprès de Dieu , parce qu'on n'en avait pas obtenu rautorisation du saint-siège.
IX. C'est cette autorisation , très saint Père, que tous les peuples demandent avec ardeur, surtout les habitants de Paris, qui ont ea si souvent le bonheur d'entendre ses prédications, d'admirer soo éloquence et de ressentir l'onction de ses discours; et ceux de la ville de Lyon , chez qui se conserve son cœur, aussi frais et aussi vermeil que s'il était encore vivant, sans qu'on puisse y remarquer la moindre tache, la moindre ride, la moindre flétrissure, signe vénérable de la pureté de l'âme et de l'intégrité des mœurs de ce grand homme.
X. Nous espérons, très saint Père, que vous vous rendrez aoi prières de notre assemblée et aux vœux unanimes de nos peuples, en ne différant pas de le déclarer bienheureux selon la puissance de votre juridiction, qui s^étend jusqu'au ciel, afin que ce qui a été jusqu'ici l'objet d'une opinion universelle acquière, par votre décision , le degré de certitude nécessaire pour autoriser un culte pablic.
Donné à Paris, dans l'assemblée générale du clergé, le mardi 19 du mois d'août 1625.
Vos très humbles et très dévoués fils, les Cardinaux de la sainte Église romaine, les Archevêques, Ëvêques et Ecclésiastiques qui composent l'assemblée du clergé de France.
Le clergé de France ne s'en tint pas à cette première demande; il réitéra ses sollicitations le 11 août 1630, le 12 janvier 1656, le 2 septembre 1660, et le 15 juin 1661, comme en font foi les différentes lettres rapportées dans les procèsverbaux de ses assemblées générales, tant il avait à cœur la glorification du saint évéque.