LIV. VIL — VÉNÉRATION DONT IL EST L'OBJET
« il leur semblait voir Noire-Seigneur en terre. » Saint Vincent de Paul parlait de saint François de Sales comme sainte Chantai. M. de BeUey raconte^ qu'il lui dit un jour, à Paris, que rien ne lui rappelait tant la manière de vivre de Notre- Seigneur, durant sa vie mortelle, que la contenance angelîque du saint évêque de Genève^ et qu'on pouvait dire de lui qu'il était non seulement revêtu, mais tout rempli de Jésus- Christ.
Après la mort du saint prélat, l'explosion de vénération fut bien plus remarquable encore et plus universelle. Le modeste mausolée élevé à sa mémoire dans l'église de la Visitation, devint un lieu de pèlerinage, où la foule accourut de toutes parts apportant des offrandes en or et en argent, des lampes, des cœurs et autres symboles de vénération; les fidèles se pressaient pour y prier; les prêtres y afifluaient pour offrir le saint sacrifice près du corps du bienheureux; et depuis le matin jusqu'à midi l'autel était constamment occupé. Ses lettres, ses livres, ses habits, tout ce qui avait été à son usage fut recueilli pieusement comme autant de reliques. Son portrait se répandit de toutes parts; le duc de Savoie lui-même voulut l'avoir dans sa chambre et aimait à le saluer avec un religieux respect. Il n'y eut pas jusqu'aux hérétiques de Genève qui ne rendissent hommage à sa mémoire. Le ministre Turretin dit publiquement qu'il fallait avouer que « M. de u Sales aurait été l'homme le plus parfait et le plus accompli « du monde, s'il n'eût été si affectionné à la religion romaine. » Et l'on sut par le baron de Ghàteauvieux^ qui vivait au milieu des Genevois, qu'ils convenaient que, si leur secte leur permettait d'honorer quelqu'un comme saint, ils auraient moins de répugnance à rendre un culte religieux à cet homme qu'à tout autre dont il soit parlé depuis les apôtres ^.
Au milieu de cette vénération universelle, la France, que
1 Esprit de saint François de Sales, IV* part., sect. i. ^ Dép. du seigneur de Charmoisy et de François Favre.
François de Saies avait tant aimée, ne resta point en arrière; la piété de ses fidèles Tinvoqua comme un saint, et ses évèques ne furent que les organes du sentiment général lorsque, dans l'assemblée du clergé de 1625, ils adressèrent au pape Urbain YIII une lettre collective pour demander la béatification du serviteur de Dieu : voici cette lettre, beau monument de la piété de l'épiscopat français * .
Très saint Père,
I. Après avoir baisé les pieds de Votre Sainteté, nous avons llionneur de lui représenter qn'il a plu à Dieu, il y a quelques années, d'appeler à lui le révérendissime Fvançois de Sales , d'heureuse mémoire, évèque de Genève. Il a vécu parM nous, et nous avons vu briller en lui toutes les vertus, avec une harmonie si parfaite, qu'elle portait plusieurs personnes à Timiter, en attirait èa grand nombre à la véritable foi, et ravissait tout le monde d'admiration. Enfin, ce généreux athlète , épuisé de travaux , a quitté ce lieu de soeurs et de combats, pour aller (nous en avons la douce confiance) jouir dans le ciel du divin repos, et y recevoir de la main du 'juste juge la couronne de gloire.
IL La France, en le perdant, a témoigné par ses regrets combien elle le chérissait, et elle témoigne encore plus, par sa vénération pour lui, la grande opinion qu'elle a de sa sainteté. Tous les Français désirent sa canonisation. Nous unissons aujourd'hui , en qualité de pasteurs, nos prières aux désirs des fidèles, et nous espérons que notre démarche sera bien reçue de Votre Sainteté.
m. Nous savons, très saint Père, que vous êtes le seul sur la terre qui puissiez permettre d'élever des temples en Thonneur des personnes mortes dans le Seigneur, et nous vous supplions de permettre que nous recourions publiquement à la puissante intercession de celui qui , pendant sa vie , nous a donné tant de charitables secours.
IV. Si nous demandons à Votre Sainteté qu'il lui plaise proposer
i Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. II; pièces justificatives, p. 133. — On peut y lire le texte latin ; nous ne donnons ici que la traduction.