‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 277 sur 292 · CANONISATION DE FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

CANONISATION DE FRANÇOIS DE SALES

Aussitôt après la mort de Tévêque de Genève, madame de Chantai, mieux informée que personne de la sainteté du serviteur de Dieu, témoin d'ailleurs des miracles sans nombre qui s'opéraient chaque jour à son tombeau, entreprit de provoquer des informations juridiques sur la vie et les miracles du bienheureux. Jean-François de Sales, cédantfacilementà sa prière, délégua dom Juste Guérin pour cette grave affaire; et, le 22 mai 1624, celui-ci , heureux d'une mission qui allait si bien à son cœur, commença, assisté de plusieurs collaborateurs, à procéder aux informations, se transportant avec un zèle infatigable dans tous les lieux qui avaient été le théâtre des vertus et des miracles du saint évèque. Cette enquête révéla tant de prodiges de sainteté, qu'on crut devoir en référer au Souverain Pontife pour obtenir des commissaires apostoliques qui vinssent sur les lieux constater les faits. Madame de Chantai, pour mieux éclairer le Saint-Siège sur la sainteté du serviteur de Dieu, engagea le père de la Rivière, Religieux de Tordre des Minimes, à écrire sa Vie, et détermina dom Guérin à faire le voyage de Rome pour plaider lui-même la cause qui rintéressaitsi fort. Celui-ci, après être resté à Rome toute l'année 1626 pour poursuivre cette affaire, obtint enfin du Saint-Siège l'introduction de la cause et la nomination de trois commissaires apostoliques pour faire l'enquête officielle. Ce furent l'archevêque de Bourges, l'évéque de Belley et Georges Namus, docteur deLouvain. Ces commissaires com-

mencèrent leurs travaux à Annecy en 1627, et entendirent plus de cinq mille témoins, tant sur les vertus que sur les innombrables miracles de Tbomme de Dieu. Le 4 août 1632, après avoir recueilli toutes ces dépositions, ils procédèrent à l'ouverture du tombeau, et trouvèrent le corps sans lésion ni altération, les vêtements intacts et seulement entachés d*une couleur jaunâtre procédant de Thumidité du lieu.

En 1634, dom Guérin retourna à Rome en compagnie de dom Maurice, pour y porter toutes les pièces du procès et en hâter Texamen. Les jansénistes ayant ourdi plusieurs intrigues pour mettre obstacle à la béatification, il crut tous ses efforts inutiles pour le moment, et en repartit le 17 mai 1636, après avoir consigné les pièces du procès daus les archives du Va* tican.

En 1644, l'avènement dlnnocent X à la papauté ayant fait concevoir Tespérance de la reprise de la cause, on envoya, en 1647, un nouveau procureur qui obtint la tenue de deux congrégations, la préparatoire et la générale; et tout s^arréta là jusqu'à la mort de ce Pape en 1655 : alors monta sur le trône ponti6cal, sous le nom d'Alexandre YII, le cardinal Ghigî. Ce cardinal, lorsqu'il était encore jeune, avait consulté François de Sales sur son entrée dans l'état ecclésiastique : ce pieux évéque, après avoir dit la messe pour obtenir les lumières du ciel, l'avait assuré que Dieu rappelait à cet état, et que, s'il était fidèle à ne point rechercher les dignités, il posséderait les plus considérables del'Église. « Et moi, monsieurde Sales, <( dit le jeune Ghigi, je vous assure que, si je suis Pape, je « vous canoniserai ^ » En effet, Alexandre VII donna ordre

^ Cette anecdote, racontée par Cotolandi et quelques autres historiens, a été contestée comme chose impossible. Car, dit-on, le cardinal Chigi naquit à Sienne, en 1598, et, par conséquent, avait tout au plus deux mois lors du dernier voyage de saint François de Sales à Rome. A cette objection on peut répondre que, si Tentrevue entre le jeune Chigi et f<aint François de Sales n'a pu avoir lieu à Rome, elle a pu avoir liea ou à Milan, en 1613, ou à Turin, on 1622, lors du dernier voyage que

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